Weegee – Serial photographer – Max de Radiguès et Wauter Mannaert

Certains d’un sujet peuvent vous écrire des romans. Puis d’autres, d’un regard savent quel angle sera le meilleur pour une photographie. Weegee avait ce don, voir la beauté dans la mort. Clic, c’est dans la boîte. 


De quoi ça parle?
Direction New-York, Lower East Side, fin des années 30, sur le terrain de chasse privilégié d’Arthur Fellig dit Weegee. Branché sur les ondes de la police, il avait les nouvelles toutes fraîches des meurtres, viols, accidents… Ainsi, il arrivait le premier sur les lieux du crime. Il apportait au besoin quelques changements comme bouger un bras pour rendre le cliché le plus parfait possible. 

Une fois satisfait de son travail, il développait lui-même ces photographies à l’arrière de sa voiture, puis direction la vente à la presse à scandale. 


Weegee, un pionnier de la photographie
S’il n’avait pas été photographe, il aurait été violoniste. La bd ne nous dit pas s’il était aussi talentueux avec son appareil photo qu’avec un violon.

Toujours avec une chemise blanche, un imperméable noir, un chapeau et un cigare, il a su affirmer un style autant à l’extérieur que dans ces créations. Il a été considéré comme l’un des pionniers du photo-journalisme avec des photos chocs et l’un des premiers pigistes indépendants. 


Une quête de reconnaissance
La publication dans la presse à scandale lui permet d’avoir une petite renommée. Elle débute déjà par les gens de son quartier qui l’appelle par son surnom Weegee. Mais il en veut plus et il veut voir plus grand que ce quartier qu’il connaît comme sa poche. En plus, la thématique des morts ou de la violence n’est pas son seul créneau. Il sait aussi photographier les chats et les gens ordinaires.

La reconnaissance, il l’aura puisqu’en 1943, une exposition au MoMA se fera. Cela lui ouvrira les portes d’Hollywood où il sera consultant. Le scénariste Max de Radigués n’a pas choisi de parler vraiment de ce moment de sa vie. Il s’intéresse à la période, où il roule de rues en rues à l’écoute de la radio pour photographier les victimes, mortes ou vivantes.

L’homme est épuisé avec un physique négligé. Il faut toujours un d’alcool dans le sang pour rester debout. Toutefois, il s’offre des moments de plaisir avec une prostituée ou une amie. Son monde est bien sombre. Il est à l’image d’un pays entre deux guerres et qui peine de sortir de la crise de 1929. Il y montre le désespoir et la misère. Doucement, il se rapproche de la lumière vers les stars, le luxe et l’opulence. Mais invariablement, il revient vers la mort qui lui tient compagnie même pendant ces insomnies. 


Une mise en image bien sombre
Pour raconter l’histoire de ce photographe qui apprécie le cadavre bien frais, il ne fallait pas s’attendre à des couleurs éclatantes. C’est pourquoi Emmanuel Moynot a choisi de jouer avec une palette de blanc, noir et gris. D’ailleurs comment imaginer la fin des années 30, dans ce contexte sans ces teintes qui m’évoque aussitôt le travail de Dorothea Lange ou Walter Evans. 

J’avoue qu’au début, j’ai eu bien des difficultés à rentrer dans l’univers graphique qui m’a semblé très brouillon aussi bien dans la définition des personnages et de décors que dans les aplats de couleurs. Puis pages après pages, je me suis laissée entrainé par le récit et cela a donné une cohérence au dessin. Cette Amérique corrompue, sale et déviante se mêlait avec une certaine harmonie aux coups de crayon. 

Une excellente bande dessinée qui m’a fait découvrir un photographe et qui a ouvert ma curiosité sur son travail. Bref, une jolie porte ouverte sur un homme à la trogne de malfrat, taciturne et râleur mais au combien talentueux. Il est certain que mon regard se portera encore autrement sur ce qui m’entoure. 

L’avis de Noukette : « Passionnante biographie à peine romancée du célèbre photographe américain d’origine hongroise Arthur Fellig (1899 – 1968), plus connu sous le nom de Weegee. Un personnage qui a réussi à façonner sa propre légende. Tête de malfrat, attitudes de vautour, opportuniste mais véritable génie de l’objectif, capable de capter sur pellicule l’âme même de New York. Témoin privilégié de la société américaine en plein marasme, observateur sans filtre des inégalités et des discriminations qu’elle laisse perdurer, Weegee est un peu le grain de sable dans l’engrenage. Max de Radiguès s’empare à merveille du mythe et nous le rend extrêmement attachant.« 

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9 réflexions sur “Weegee – Serial photographer – Max de Radiguès et Wauter Mannaert

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    • peut-être encore aux Etats-Unis vu combien de gens sont fans des photos cadavériques.
      Et il le faisait en plus parfois sous les yeux des flics. Mais les experts n’étaient pas là pour résoudre des énigmes. 🙂

      • Purée, oui ! Et ils font tout, tout, tout ! Du début à la fin ! Du jamais vu, mais eux, ils le font parce qu’ils sont les meilleurs !

        Dans un film débile, je trouvais que les filles faisaient « pas vrai » avec leurs traces de salissures sur la figure, un peu sur les habits, mais les cheveux toujours super bien coiffés. Là, tiens-toi bien, mon mari m’apprend qu’elles s’étaient salies en entrant dans un pipe-line de pétrole et qu’elles avaient fait couper le pétrole avant d’entrer dans ce tube… qui était éclairé de l’intérieur et, apparemment, vachement propre pour en sortir ainsi et pas toute noire de pétrole ! PTDR

      • Il voit tous les détails ton mari. Il a un sacré oeil 🙂
        C’est improbable mais j’adore cette série quand même. Je peux passer une journée à avoir en toile de fond cette série. Je peux lire et écrire en même temps.
        La série me fait rire. Ils font tout car ils vont arrêter les gens et ils font même les interrogatoires. Mais que fait la police?

  3. Pingback: Etunwan – Celui qui regarde – Thierry Murrat | 22h05 rue des Dames

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