Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

51+MEQTm-qL._SY445_4ème de couverture
Nous sommes en 1919. Un bateau quitte l’Empire du Levant avec à son bord plusieurs dizaines de jeunes femmes promises à des Japonais travaillant aux États-Unis, toutes mariées par procuration.
C’est après une éprouvante traversée de l’Océan pacifique qu elles rencontrent pour la première fois à San Francisco leurs futurs maris. Celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui auquel elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir.
À la façon d’un choeur antique, leurs voix se lèvent et racontent leurs misérables vies d’exilées… leurs nuits de noces, souvent brutales, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, la naissance de leurs enfants, l’humiliation des Blancs… Une véritable clameur jusqu’au silence de la guerre et la détention dans les camps d’internement – l’État considère tout Japonais vivant en Amérique comme traître. Bientôt, l’oubli emporte tout, comme si elles, leurs époux et leurs progénitures n’avaient jamais existé.

Début 20ème siècle, des femmes quittent leur terre natale du Japon pour rejoindre des hommes aux Etats-Unis. La tête remplie de rêves de liberté, d’amour et de passion, elles attendent avec hâte d’arriver sur la tête ferme. Mais arriver au pays tellement souhaité, la grosse déception. Des hommes, qui ne ressemblent pas du tout aux photos et qui ont raconté des histoires inventés. A partir de là, pour beaucoup la descente dans de profonde déception va débuter et va empirer lors de l’entrée en guerre du Vietnam.

L’idée et le sujet assez originale, m’avait séduite. Puis la lecture d’avis de blogueuses ont refroidi un peu mon entrain. Mais qu’est ce que « nous » dont tous le monde parle. Dès le début de la lecture, j’ai compris qui était ce « nous ». L’écrivaine parle au nom de toutes ses femmes venues immigrées en espérant vivre dans de meilleure qualité de vie et éventuellement rencontrer l’Amour. Quel idée surprenante. Puis, plus je tourne les pages et plus cela m’emmerde considérablement. L’histoire devient une succession de mini-portrait de gens qui n’en finit pas. Elle, elle fait cela et puis elle, elle fait cela…. Quel ennui.

L’une des nôtres les rendait responsables de tout et souhaitait qu’ils meurent. L’une des nôtres les rendait responsables de tout et souhaitait mourir. D’autres apprenaient à vivre sans penser à eux. Nous nous jetions à corps perdu dans le travail, obsédées par l’idée d’arracher une mauvais herbe de plus. Nous avions rangé nos miroirs. Cessé de nous peigner. Nous oubliions de nous maquiller. Quand je me poudre le nez, on dirait du givre sur un montagne. Nous oubliions Dieu. Nous étions glacées à l’intérieur, et notre coeur n’a toujours pas dégelé. Je crois que mon âme est morte. Nous n’écrivions plus à notre mère. Nous avions perdu du poids et nous étions devenues maigre. Nous ne saignions plus chaque mois. 

Nous avons accouché sous un chêne, l’été, par quarante-cinq degrés. Nous avons accouché près d’un poêle à bois dans une la pièce unique de notre cabane par la plus froide nuit de l’année. Nous avons accouché sur des îles venteuses du Delta, six mois après notre arrivée, nos bébés étaient minuscules, translucides, et ils sont morts au bout de trois jours. Nous avons accouché neuf mois après avoir débarqué de bébés parfaits, à la tête couverte de cheveux noirs. 

Malgré l’ennui de ces énumérations inlassables, il faut reconnaître l’intérêt historique du livre. Cela m’a permis de me faire une idée des conditions de vie de ces femmes. Toutefois, l’intérêt littéraire s’arrête vite. Je ne recommanderai pas du tout ce livre. Un livre d’histoire serait plus approprié pour connaître cette période avec tenant et aboutissant. Je vais lire son premier roman car on m’a dit qu’il était meilleur, donc affaire à suivre.

L’avis des Livresdegeorge

Wonderpatate challengeus

Visite guidée de l’exposition Albums au musée de l’histoire de l’immigration

affiche_albums Le musée de l’histoire de l’immigration accueil jusqu’au 27 avril 2014, une exposition temporaire nommée Albums. L’objectif est de présenter des planches, des croquis, des dessins, des films d’animation autour d’auteurs et de dessinateurs d’origine étrangère venus en France. A travers le média bande dessinée, on va découvrir l’immigration autrement.

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La visite guidée peut alors démarrer. Tous le monde est pourvu de son oreillette, la découverte de l’exposition peut se faire. Elle débute avec les premières planches d’une bande dessinée, Un monde libre,  qui sera publiée l’année prochaine de Halim Mahmoudi. C’est une auto-fiction qui raconte la vie de ces parents venus d’Algérie qui vivent dans un bidonville. A travers le récit de ces parents, de la première manifestation contre le couvre-feu pour les algériens, un conte se crée en toile de fond qui a pour moral que l’on peut s’en sortir lorsqu’on nous tend la main. De l’amour, va naître se dessinateur.

imm2Puis direction, une nouvelle bulle consacrée à la bande dessinée américaine. En effet, les premières bandes dessinées ont été soit influencés par les nouveaux migrants soit rédigées par les enfants de migrants. Cela débute avec George McManus devenu millionnaire grâce aux courses qui dresse le portrait d’un univers ouvrier avec son personnage Jiggs. Puis avec Will Eisner qu’il présente à travers son héros The Spirit ou autre, la difficile cohabitation entre les différents migrants. Les différentes vagues installées détestent la nouvelle qui arrivent créant ainsi des conflits. Le seul moment où ces conflits s’apaisaient était durant les grèves.

 

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La bulle suivante se dirige au début vers la France avec René Gosciny, né quinze jours à la suite de la naturalisation de ces parents. Il va également vivre aux Etats-Unis après le décès de son père. C’est d’ailleurs là-bas qu’il va avoir l’idée de créer le fameux Lucky-Luke. Il va aussi participer à la création du fameux magazine Underground Mad. Il va côtoyer dans l’espace  José Munoz de l’école argentine dans les années 40 et Baru.

L’espace devient plus étroit, des auteurs plus récents sont présentés. On débute avec Farid Boudjellal connu pour son Petit Polio, inspiré de sa jeunesse et des histoires de famille. Une planche extraite du tome 2, montre la grand-mère de Petit Polio qui lui montre une photo de sa famille. Mais il se trouve qu’elle est l’unique survivante de sa famille du génocide arménien. Un très beau et touchant témoignage.

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Puis la fameuse et très connue Marjane Stratrapi qui a bien voulu prêter uniquement des esquisses pour l’adaptation de sa bande dessinée en film. Elle a ouverte la porte à de nouvelle dessinatrice.

Clément Baloup possède deux cultures qui lui ont permis de s’intéresser, bien que tardivement à l’histoire du pays d’origine de son père. Il présente des recueils de témoignages de migrants, principalement de femmes.

Enki Bilal, est venu avec sa famille retrouver son père ancien sculpteur de Tito. Il parle de son traumatisme du déménagement et de la douleur de la guerre qu’il a connu. D’ailleurs cela se ressent dans son oeuvre.

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La visite guidée va se terminer à la suite de la première partie de l’exposition. La seconde partie présente des genres littéraires comme l’auto-fiction, le western ou la bd-reportage. Et la troisième partie se définit ainsi selon le commissaire de l’exposition :

« Pour finir, l’exposition envisage images et archétypes de la figure du migrant et analyse les différentes phases migratoires, depuis le départ jusqu’à l’éventuel retour et aborde le voyage, l’arrivée sur place et l’installation.

Des raisons politiques, économiques ou personnelles, poussent le migrant à quitter son pays d’origine pour s’installer ailleurs. Dessinateurs et scénaristes racontent ces parcours par le biais d’images caractérisées par des constantes. La figure dessinée de l’immigré à changé au fil du temps, le travailleur masculin laissant peu à peu place à des figures plus variées et notamment féminines.

Cependant, la représentation des trajets et des parcours présentes des similarités. Les récits sont souvent rythmés en trois temps : le départ, le voyage et l’arrivée sur la terre d’accueil. »

J’avoue avoir été un peu déçue par cette visite guidée car je n’ai pas appris grand chose. L’exil est un sujet très important et en visitant l’exposition, on prend conscience de cette aventure. Je m’attendais à trouver une perspective dans l’Histoire de ces flux migratoires. Cependant, cela reste une belle exposition très bien muséographiée et une belle balade dans le 9ème art.

 

 

Lien direct vers l’exposition : www.histoire-immigration.fr

Rébétiko – David Prudhomme

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Tu sais qui est le général Métaxas? Il a décrété la loi martiale à la suite des grandes grèves communistes du 4 août. Il a pris le pouvoir, fait de ce pays une dictature. C’est un fasciste, tu sais, un de ces hommes qui apprécient ce qu’est en train de faire Hitler en Allemagne, Mussolini en Italie, Franco en Espagne… 
Métaxas condamne un amollissement moral de notre société, supposée décadente… Sa propagande désigne les coupables de cette prétendues immoralité… et l’impute à cette part d’Orient qui habite en nous. Il dit qu’il va laver la grève de toutes influence turque. (…) Mais, tu le sais bien, rébète, vous servirez de symboles. Oui, vous êtes ses premières cibles. Boucs émissaires idéaux. Personne ne vous regrettera… Vous, et vos trafics. Vous, la voix des exilés de Turquie… Coupables d’unir Orient et Occident en un chant hypnotique. Vous vous appelez vous-mêmes des derviches!
Votre musique résonne comme l’écho de la grande catastrophe de 1922. C’est insupportable aux fascistes! que cette défaite enfante… un chant! Ils veulent régler le solde de cet échec alors ils commencent par en effacer la voix.

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