Atelier d’écriture n°276

Bricabook revient cette semaine avec une nouvelle photo un peu mystérieuse. Mais que peut-il se cacher derrière cette image? 


J’ai retrouvé  cette photo de moi assis sous le porche d’une église prise il y a bien longtemps. Je me souviens très bien de cet endroit. Quand j’étais plus jeune, je donnais rendez-vous à des filles sous les marches. Je leur disais que je voulais discuter avec elle et apprendre à les connaître. Mais bien entendu, ce n’était pas vrai. Je voulais ce que voulaient tous les adolescents de mon âge. Connaître les femmes sans leur vêtement et faire l’amour. Souvent, ce n’était pas au premier rencard que j’arrivais à mes fins. Il fallait leur faire croire que j’étais un garçon sensible et timide. Elles sont presque toutes tombées dans le panneau. Au début, on s’asseyait sur les marches pas très loin pour doucement se rapprocher pour presque se toucher. Nos mains s’effleuraient. Parfois, j’arrivais quand même à les embrasser.

Puis au deuxième rendez-vous, il fallait qu’elle passe à la casserole. J’avais autre chose à faire de mon temps que de les séduire. On se retrouvait au même endroit. Je les approchais. Puis j’abusais de ma force. Je les déshabillais. Elles criaient presque toujours en disant Non. Mais mon père m’avait appris que d’une part les femmes n’avaient pas à donner leur avis et que non voulait dire oui. Alors j’ai abusé de toutes ces filles. J’étais fier d’être un bourreau des coeurs. Jamais les filles ne disaient rien après. Elles avaient trop honte et j’étais très fier de cela.

Cependant, un jour un adulte nous avait surpris. J’étais content de ce que je faisais. Je ne me rendais pas compte des cris et des larmes de la fille. Le plus important c’était mon bonheur à moi. Qu’est-ce que l’on pouvait me reprocher? Très vite tout s’est enchaîné. Tout le monde ou presque savait ce que j’avais fait. D’autres filles ont raconté ce qu’elles avaient vécu. Mon père était content de moi et il m’avait félicité. Les flics sont venus. Ils m’ont embarqué. Je suis passé devant le tribunal. J’ai reconnu les faits avec sourire ce qui a été encore bien pire pour mon châtiment. Direction la prison. J’étais furieux car je ne comprenais pas pourquoi j’étais dans ce lieu qui me faisait peur. Quand on me demandait ce que je faisais là, je l’expliquais. Mes méfaits ont été connu de tous. Quelques uns sont venus me dire bienvenu au club. Eux aussi étaient des violeurs. Ce mot m’avait choqué. Je n’étais pas un violeur. Ce n’est pas cela. Cette idée me révulsait.

Puis un soir, j’ai découvert le véritable sens de ce mot. J’ai crié NON. Il était impossible de ne pas m’entendre. Personne n’est venu à mon secours. J’ai eu mal aussi bien dans mon corps que dans ma personne. C’est ce jour que j’ai compris le sens du mot NON et du mot viol. Mon père battait et violait ma mère. Ce n’était pas normal et ce n’était pas une chose à faire. C’était un homme cruel et je ne l’ai compris que derrière les barreaux. J’ai eu mes peines et mes souffrances. J’ai subi ce que je méritais. Maintenant je suis de nouveau dehors. Je retourne de temps en temps sur ce lieu où je rencontrais ces filles. Pour me rappeler que parfois on fait des choix horribles et que l’on doit payer. Je suis une autre personne aujourd’hui. J’ai appris et j’ai compris. Depuis, je suis rentré dans les ordres. Je suis père Robert.

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10 réflexions sur “Atelier d’écriture n°276

  1. Ah mais ton histoire est horrible ! Et je ne suis pas tellement rassurée qu’il soit ordonné prêtre. Il va avoir encore bien des tentations. Le droit au pardon, oui, mais aussi protéger les innocents.
    La violence de ton texte ne me laisse pas indifférente, en ce sens il est réussi.

    • Je suis contente que mon texte ne t’a pas laissé indifférente. La suite tu l’as imaginé toi même. La prison l’a t’il change ou non? C’est au lecteur de choisir la suite. Toi tu doutes 🙂

  2. Ouffff ! Quel texte ! Et quelle audace de traiter le sujet du viol de cette manière en faisant parler le violeur lui même et en nous montrant sa progression : la fierté, le déni, la honte. Audacieux aussi de finir l’histoire en faisant entrer dans les ordres cet homme au si lourd passé !
    Alors, bien sur ton texte interroge et ne peut pas laisser indifférent. Bravo !

    • Merci beaucoup pour ton message.
      Un homme qui a fait de la prison a le droit de changer de vie. Mais est-ce que la nature de l’homme change? C’est à chacun de trouver la réponse. 🙂

  3. Je ne sais pas quoi penser de ton histoire, fort bien écrite…Le sujet fort m’a bien entendu interpellée, fait bondir, attristée… bref oui il m’a fait réagir et c’est une véritable prouesse de parvenir à ce résultat à travers des mots aloes tout simplement bravo ! Pour le fond de la chute, comme Adèle je doute que ça soit une bonne idée même s’il a purgé sa peine…

  4. Eh bien quelle rédemption..

    Tu soulèves une problématique importante … quand celui (ou celle) qui nous élève apporte un regard biaisé du bon et du mauvais. Derrière ton texte se glisse effectivement la candeur et la malléabilité d’un enfant …

  5. c’est un texte dur et très bien analysé, bien tourné, une explication plausible de cet état de violeur, on répète souvent ce que les parents nous ont appris et parfois à tort, belle réflexion sur le sujet

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