Le tour du monde en 72 jours – Nellie Bly

Battre Phileas Fogg peut-être un sacré défi au 19ème siècle. Et une chose encore plus incroyable si c’était une femme en plus qui y arrivait. Il n’en fallait pas plus à Nellie Bly pour relever ce défi. Direction l’Amérique.


De quoi ça parle ?
L’une des précurseurs du journalisme d’investigation aux Etats-Unis est une certaine Nellie Bly. En 1887, à la demande du rédacteur en chef du New York World, elle se fait interner dans un asile psychiatrique pendant 10 jours. L’objectif était de montrer les horribles conditions de détentions des malades souffrants de troubles psychiques. Rien ne l’arrête et surtout pas sa condition de femme.

L’idée lui était venue de battre le record de Phileas Fogg, héros du « Tour du monde en 80 jours » de Jules Vernes. Une envie de vacances commençait à se faire sentir. Elle parla de ce projet à son responsable qui n’est pas totalement convaincu d’autant plus que c’est une femme. Comment une femme peut-elle voyager sans homme et avec beaucoup de bagages ? Qui a dit que c’était obligatoire ces critères ? Elle impose son idée et attend une réponse. Un an plus tard, la réponse tombe. Son journal l’a soutient pour son tour du monde. A peine une journée plus tard, la voilà déjà partie à la conquête du monde.

Le but est de battre le record de Phileas Fogg de 80 jours. Elle partit le 14 novembre 1889 et arriva le 25 janvier 1890. Il lui fallut alors beaucoup de témérité pour parcourir la planète 72 jours, 6 heures, 11 minutes et 14 secondes. Cette circumnavigation l’a rendu très célèbre et renforça sa popularité. Il y a de quoi car elle est allée aussi bien à Amiens qu’à Hong-Kong, en passant par Ceylan jusqu’à Yokohama. Le tout, surtout avec un seul sac et une seule robe.


Ce que j’en pense ?
J’ai découvert ce personnage dans la bd Culottés de Pénélope Bagieu. J’avoue avoir été intriguée par l’histoire d’une femme qui s’est imposée dans le journalisme d’investigation. Elle a changé de nom, d’Elizabeth Jane Cochrane en Nellie Bly, mais il est resté féminin. Et que cela soit pour aller auprès des soldats pendant la guerre ou à l’autre bout du monde, elle montre que rien n’est impossible pour une femme et qu’en plus, elles peuvent écrire. Et pour ne rien facilité elle fait tout en robe avec toute l’artillerie qui en est rattachée. La révolution du pantalon n’était pas encore passée par là.

L’idée d’un voyage avec une robe et un sac m’a paru assez drôle. Mais il faut se rassurer. Les hommes à son journal ont tout prévu. Elle a un petit mot sur lequel c’est écrit qu’il faut faire attention à elle car elle voyage seule, la petite chose fragile. Les moments en solitaires sont assez rares. Des hommes l’accompagnent au train, au bateau, en chaise pour aller d’un point A ou point B. Il faut remettre le récit dans le contexte du 19ème. La dame veut la liberté mais ce n’est pas si facile quand un homme n’est pas dans les parages. Elle ne prend aucun billet de train ou bateau, ni aucune réservation dans les hôtels. Tout est déjà réservé alors son inquiétude se limite aux faits que les transports partent et arrivent à l’heure. Partout où qu’elle aille, elle rencontre toujours des occidentaux qui parlent sa langue et qui échangent avec elle.

Elle affirme son caractère et prend plaisir à son voyage. Les rencontres n’arrêtent pas entre les voyageurs et les autochtones. Je pourrais dire que parfois ces remarques sur certaines personnes ou nationalités sont un peu hautain et ethnocentrique. Elle rappelle souvent que c’est mieux dans son pays. Elle déplore que tout le monde ne parle l’anglais alors qu’elle aussi ne maîtrise qu’une seule langue. Je dirais que l’on sent un peu le discours de la suprématie blanche. Toutefois, c’est assez inhérent à sa culture et à l’époque. Ne trouve-t-on pas encore, malheureusement, ce genre de discours de nos jours ?

Elle a refusé plus d’une fois de ce déchausser dans des temples ou dans des lieux de convivialité au Japon. Mais elle va partout où on vient bien l’emmener. Voir des prisons en Chine et savoir comment on torture les gens ? Pourquoi pas. Soyons fou et au passage, montrez-moi la tête d’un décapité. Tout ne sera pas morbide puisqu’elle appréciera la délicatesse des femmes japonaises par exemple. Et puis, il y a les moments de bonheur quand elle rentre aux Etats-Unis et qu’à tous ces arrêts de train, elle est accueillie très chaleureusement. Elle ne manquera pas de fleurs et de chocolats à son arrivée.

Ce que je trouve dommage c’est qu’il n’y a pas à la fin de l’ouvrage quelques pages pour expliquer le contexte. Elle évoque une femme qui fait la course avec elle pour arriver plus tôt grâce à un journal concurrent. J’aurais été curieuse de savoir si elle est bien arrivée avant. J’aurais aimé savoir combien de coupon le journal a reçu pour miser sur la date d’arrivée de la journaliste. J’aurais voulu connaître le gagnant et savoir comment c’est passé son tour du monde offert par le journal. J’aurais aimé savoir combien de lettre d’admirateurs elle avait reçu et avoir des exemples. Un petit bonus Nellie Bly aurait été appréciable, pour ma part.

Une lecture intéressante qui se dévore assez vite. J’ai envie d’en savoir plus sur cette femme. Je pense lire très prochainement son reportage dans un asile psychiatrique. Affaire à suivre donc.

Nellie Bly vue par Pénélope Bagieu 

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5 réflexions sur “Le tour du monde en 72 jours – Nellie Bly

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  3. Eh bien voilà, je n’ai pas lu la BD Culottées donc je n’étais pas au courant de cette héroïne ! En tout cas, merci beaucoup pour la découverte et le livre et le contenu du paquet aussi, ça m’a fait bien plaisir 🙂

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