Pottsville, 1 280 habitants – Jim Thompson

Un des grands classiques du roman noir revient dans les librairies avec une traduction plus complète. Ainsi les âmes bien sombres qui peuplent Pottsville se sentent plus rassurés grâce à leur shérif Nick Corey. Mais pourquoi ?



Pourquoi une nouvelle traduction ?
C’est en 1964 que paraît au Etats-Unis « Pop 1280 ». 1966, parution en France pour le numéro 1 000 de ce grand classique de la littérature américaine dans la Série Noire. C’est Marcel Duhamel qui se trouve à la traduction. C’est pour un souci de taille de livre qui ne devait pas dépasser un certains nombres de pages que certains classiques se sont retrouvés couper d’une partie de leur récit. Pour ce fameux livre, c’est cinq personnages qui ont disparu puisque le titre était devenu : 1 275 âmes. 5 âmes avaient alors disparues.

Les éditions Rivages/Noir en 2016 publie la version intégrale dans une nouvelle traduction. . « La traduction faite par Duhamel s’attachait sans doute à une prononciation plus facile et à une liaison plus naturelle, pointe Jean-Paul Gratias, le nouveau traducteur. Mais on n’en saura jamais rien. » Il fallut tout de même 6 mois de travail pour rendre à Jim Thompson ces lettres de noblesses.


De quoi ça parle ?
Nick Corey est shérif de sa ville, Pottsville. Un poste assez tranquille malgré une épouse étouffante et un frère très simple d’esprit. Lâche, feignant, couard, il évite autant que possible de se mêler des affaires des autres. Il ne veut pas d’ennui et surtout il ne veut se mettre personne à dos. Et parfois, quand il doit intervenir car il n’a pas le choix on se moque de lui.

Mais voilà que les élections arrivent et que quelqu’un ose se présenter contre lui. Il ne veut pas perdre son poste si confortable. Lui, il a des toilettes chez lui et l’eau courante. Un confort qui n’est pas négligeable qui s’accompagne d’un petit pécule confortable. Et aussi facultativement des quelques à côté charnels. Les dames ne sont pas insensibles au charme de l’étoile. Il faut bien qu’il brille par quelque chose à défaut de son génie.

Sam Gaddis est un gars propre sur lui à la réputation impeccable. Mais voilà que parfois en disant presque rien chacun y va de son histoire. L’imagination prends le dessus et plus personne ne connaît la vérité. Comment se défendre face au scandale quand on est innocent ? En plus, le gentil Nick Corey va l’aider pour mieux se sentir libre ou pas.

Puis il va falloir que certaines choses changent. Alors en fin stratège, il va faire parler la poudre et la jalousie pour être enfin un peu tranquille chez lui. Pour les conséquences, on verra plus tard. Il faudra y réfléchir mais ça fait mal à la tête. L’avenir le dira.


Ce que j’en pense
Un classique du genre que Jean-Bernard Pouy avec son roman « 1 280 âmes » et Belette m’ont donné envie de lire. Un roman qui apparemment, il ne faut pas passer à côté pour sa culture G du noir. Pas celui du petit café matinal pour certains. Mais celle du roman noir né aux Etats-Unis où la bêtise et la cruauté humaine suinte à chaque page. Racisme, misogynie, culte de la supériorité de l’homme, respect de l’arme à feu, l’arrivisme, maltraitance voilà quelques grands thèmes récurrents. Bien entendu, Pottsville n’échappe pas à cette règle et vous retrouvez tous les thèmes cités et quelques autres en plus.

Notre héros n’a pas invité la poudre même s’il possède un esprit de réflexion minimum pour se débarrasser des femmes de sa vie devenues trop exigeantes, il saura y faire. A ces femmes qui en demande toujours trop comme être fidèle. Comment est-ce possible pour un homme qui attire toutes ces dames qui lui demandent des faveurs. Cela ne serait pas correct de la part d’un sheriff de ne pas satisfaire ces ouailles. Ben non.

La bêtise et la cruauté humaine sont assez bien décrites par Jim Thompson sans oublier une petite dose d’humour. Il faut dire que certains livres de monsieur a inspiré le cinéma comme Guet-apens, avec Steve McQueen d’après Le Lien conjugal/L’échappée, Série noire, avec Patrick Dewaere d’après Des cliques et des cloaques/Une femme d’enfer, Les Arnaqueurs, de Stephen Frears d’après le roman éponyme. Mais il a aussi écrit des scénarios. On trouve les classiques L’Ultime Razzia et Les sentiers de la gloire réalisés par Stanley Kubrick.

Le sheriff a part son étoile n’a pas grand-chose pour lui. Alors il peut se permettre quelques libertés d’action quitte à dégainer vite fait bien fait. Mais rassurez-vous les pages ne seront pas sanguinolente. L’auteur reste assez soft car la nature humaine est plus horrible. Notre héros va se servir du racisme bête et méchant pour se couvrir comme la jalousie qui transforme les femmes en hystérique. Merci la bêtise humaine. Que ne pourrait-on faire sans toi ?

Alors si tu n’avais rien prévu de faire ce week-end. Prend ta carriole et va à Pottsville, tu y verras une ville où la tranquillité règne ou presque.


Adaptation au cinéma
– Coup de torchon de Bertrand Tavernier

On m’a recommandé la lecture de l’autobiographie,  « Vaurien » restée assez méconnue. 

L’avis de Belette : « Décapant ! Hilarant ! Un roman bien noir et cynique, où l’on rit (jaune) très souvent… Un régal en version intégrale. »

L’avis de Jérôme : « J’adore Thompson parce qu’il possède cette faculté unique de mêler le pessimisme à un humour noir dévastateur. Ici, Nick Corey le shérif de prime abord crétin est d’un cynisme et d’un machiavélisme à toute épreuve. Cocu et lui-même queutard invétéré, il se révèle manipulateur, perfide, cruel, retors. Avec ce personnage, Thompson pose un regard sombre et désespéré sur la nature humaine dans un style inimitable. Comme toujours chez lui, les âmes sombres sont synonymes de bêtise crasse et les dialogues peuvent à tout moment déclencher une incontrôlable hilarité. »

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6 réflexions sur “Pottsville, 1 280 habitants – Jim Thompson

  1. Je l’adore ! Un de mes romans préférés, j’avais ri lors de ma première lecture, alors que normalement, il n’y a pas de quoi rire lorsque l’on voit la description de cette population faite par Thompson, et encore moins devant son shérif qui a un comportement pour le moins…. heu… déroutant ? Aberrant ? Meurtrier, raciste, misogyne….

    Et je vois que je sais de nouveau commenter sur ton blog tout en continuant de surfer avec le navigateur Opera.

    Mais, dis-moi, « 1275 âmes » ne porte-t-il pas le numéro mythique de 1000, dans la Série Noire ? Si… rajoute vite un zéro à ton chiffre 100 😆

  2. Pingback: Challenge lecture 2017 – 200 chroniques livres | 22h05 rue des Dames

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