Dans la nuit Mozambique – Laurent Gaudé

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Faut-il encore présenter Laurent Gaudé? Après après avoir écrit des romans, des pièces de théâtre, il passe à la publication de nouvelles. « Dans la nuit du Mozambique » est son premier recueil qui réunit quatre nouvelles dans lesquelles on retrouve ces thématiques : l’immigration, l’esclavage, la guerre et l’amour raté. Prêt pour une agréable aventure littéraire?  

Ce recueil se compose de quatre nouvelles, écrites comme toujours avec une plume assez exceptionnelles. Certaines sont trop courtes mais cela souligne surtout le talent de conteur de l’auteur qui sait très bien emmené le lecteur sur des chemins qui seront le surprendre.

Sang négrier
Un bateau transportant des esclaves noirs vers les Etats-Unis se faire un détour par St Malo pour rendre le dépouille du capitaine. Mais l’arrêt ne va pas bien se passer. Cinq esclaves se sont échappés. Il en reste un qui n’est pas arrêter et il est introuvable. Puis voilà qu’une chose étrange va se passer. Un homme qui s’est échappé cloue sur les portes des coupables de cette horrible misère un doigt qu’il s’est coupé. Au bout de 10 doigts, tous le monde pensait que la malédiction allait passer. Jusqu’au onzième doigts trouvés quelques années plus tard…. Entre temps, aucun homme présent lors de ce jour n’ont pu avoir l’esprit tranquille.

Gramercy Park Hotel
Après une agression, un vieux décide de retourner au Gramercy Park Hotel qu’il n’avait pas retrouvé depuis des années. Une foule de souvenirs viennent alors à lui. Il se rappelle sa belle Ella, ces sourires, ces rires, ces caresses, tous ces moments de bonheur passés ensemble. Jusqu’au jour où la folie commença à la toucher. Comment gérer cette état de fait? Comment faire face? Comment encore aimer? Ce n’est pas facile mais l’amour n’est jamais simple, surtout lorsqu’il est sincère. 

Une histoire très touchante sur notre rapport à l’amour et aux gens qu’ont aime.

Le colonel Barbaque
Quentin Ripoll a connu la première guerre mondiale et n’en est pas revenu totalement indemne. D’ailleurs, il l’affirme, jamais il ne pourrait retourner dans les tranchées. L’horreur était trop présente partout. Pour changer d’air, il décide de partir en Afrique afin de trouver une quiétude intérieure. Mais après ce qu’il a vécu, c’est impossible de retrouver une vie normale. Alors il va devenir vendeur d’armes à feu avant de se transformer en héros de la liberté contre l’oppression. Le pouvoir de l’argent sera toujours le plus fort alors son destin était tracé. Il deviendrait l’homme symbole d’une autre époque.

Cette nouvelle fait écho à son premier roman « Cri » qui donne la vision d’hommes pendant la première guerre mondiale. Un livre saisissant tout comme cette nouvelle qui montre le déchirement intérieur des soldats qui ne pourront plus jamais reprendre une vie normale. Comment reprendre des habitudes assez simple lorsqu’on a vu l’horreur et qu’on a tué?

« J’ai toujours su que je n’arriverais pas à revenir des tranchées. Trop loin. Trop longtemps. Mais ceux qui m’attendaient avaient l’air de tellement y croire que je me suis laissé faire. Je pensais encore qu’ils avaient peut-être raison. Je les ai laissés essayer de me récupérer. Au fond, je savais que cela ne servait à rien parce que les tranchées grouillaient encore en moi. Elles m’avaient appris le combat, la terreur et l’ivresse de survivre. Elles m’avaient appris la rapidité de l’assassin et la patience du chien. On ne fait pas un homme avec cela. Nous n’étions plus des hommes. »

Dans la nuit Mozambique
Quatre amis de très longues dates se réunissent de temps en temps autour d’un bon repas et se racontent tous une histoire qu’ils ont vécu. C’est au commandant Passeo de raconter une histoire qu’il a vécu. Doucement, il vient à parler d’une femme, une fille de Tigirka  qui a été tuée sur son bateau dans l’indifférence générale. Il veut savoir pourquoi cette violence et pourquoi cela ne révolte personne. Il met en attente tous ces amis car ils veulent savoir pourquoi et le lecteur lui aussi il veut savoir. Pourquoi un tel dédin pour une fille de Tigirka? Il ne pouvait en dire plus car il devait mener l’enquête. Il pourrait nous en dire plus au prochain repas.

Les pages se tournent avec une certaine attente car je voulais connaître la réponse. J’étais devenue moi aussi un de ces vieux messieurs autour de la table. J’étais captivée par le récit et les mots se transformaient en son. Et lorsque je suis arrivée à la dernière page, un grand désarroi m’a touché. Cela ne pouvait pas être la fin, c’était impossible. En effet, pourquoi me donner la réponse? Pourquoi toujours satisfaire le lecteur? A t’on les réponses à toutes nos questions dans la vraie vie?

« Ils observèrent la place du commandant Passeo. Une petite tache de vin rouge semblait la marquer avec exactitude. Les mains qui avaient fait cette tache savaient-elles qu’elles ne reviendraient jamais ? pensa l’amiral. Il avait sous les yeux une trace tangible de leur amitié et il trouva cela beau. Le souvenir de toutes ces conversations là, sur ces papiers salis. Une forme de sérénité l’envahit. Oui. C’était bien. Ils avaient été cela. Quatre hommes qui parlaient, quatre hommes qui se retrouvaient parfois, avec amitié, pour se raconter des histoires. Quatre hommes qui laissaient sur les nappes de petites traces de vie. Et rien de plus. »

Un sublime recueil qui se dévore très vite. La plume de Laurent Gaudé est toujours aussi sublime et envoutante. Mais comment fait-il pour écrire de façon toujours aussi exceptionnelle? Un auteur à découvrir absolument, un conteur hors norme qui ne pourra vous laisser insensible.

http://www.ina.fr/video/3367315001

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14 réflexions sur “Dans la nuit Mozambique – Laurent Gaudé

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