Elorado – Laurent Gaudé

eldoradoVoguant sur les océans, on peut y voir la beauté du monde et aussi l’horreur de la détresse humaine. Le commandant Salvatore Piracci en sauvant des hommes des mers en a vu de ces regards pleins de tristesse mêlés à l’espoir. Un jour, il va revoir une femme qu’il a sauvé de la mort et à partir de ce jour, son monde va vaciller.

Sur les mers en colère, le commandant Salvatore Piracci ne jette pas des filets pour attraper des poissons. Il lance des échelles pour sauver d’une mort certaine ces migrants venus en quête d’une terre pour accueillir leur désespoir. Perdus, sans nourriture et sans boisson, on les laisse se perdre sur les flots. Souvent, des bateaux viennent les sauver pour les ramener en terre ferme pour un retour direct dans leur pays d’origine où ils ne sont plus la bienvenue, non plus.

Mais leur regard est plein de détermination. Même si l’eldorado n’existe pas, il y a un mot pour définir un espoir insensé, celui donne le courage aux hommes de tout affronter et surtout le pire. Ils ont tout perdu et vu plus de misère et de cadavres qu’ils n’auraient dû. Tout comme les habitants de Lampeduse, qui au début enterrait ces corps d’enfants et d’adultes qui s’échouaient contre leurs côtes. Au début, c’est bouleversant de misère puis tous les jours se sont des flots de macchabés qui arrivent inlassablement. Une mission sous-traité qui est géré maintenant sans émotion car devenu trop commune et habituelle.

La quantité a rendu sec les yeux et les cœurs de ces humains où leur fuite est perçue comme un débarquement de profiteur. Le commandant Salvatore Piracci se souvient d’avoir sauvé une femme et de son regard si profond et bouleversant. Lorsqu’elle vient à sa rencontre, il l’invita chez et l’écouta. Son voyage horrible où on a profité de sa misère avec les autres pour leur prendre tout leur bien et les laisser voguer sans nourriture et boisson afin qu’ils meurent tous. Les cadavres ont été jetés petit à petit à la mer comme son enfant qui lui a été arraché des bras. Elle veut sa vengeance malgré les années passées et pour cela elle a besoin d’une arme pour tuer celui qui orchestre ces fuites et ces abandons.

Comment reprendre sa vie face à cette misère humaine qu’il ramasse chaque jour en mer. Comment se regarder dans un miroir ? Pourquoi ne pas les aider ? Cela ne peut plus durer. Il faut changer de vie radicalement. Il quitte tout. Il dit à adieu à son meilleur ami, vide son compte bancaire, prend avec lui l’essentiel et part dans son bateau vers une destinée inconnue. Elle va le mener sur le chemin de ces migrants qui fuient leurs pays. A chaque pas, à chaque rencontre, sa vision du monde change. En plus, l’auteur en profiter pour faire des effets de structuration et ainsi son destin est croisé avec d’autres. Les chapitres se mélangent pour mieux révéler la nature de l’homme.

Le cheminement de ces hommes et de ces femmes qui partent en quête de cette utopie de désir d’eldorado résonne d’une façon particulière dans l’actualité. Pourtant le livre publié en 2006 reste actuel avec son flot d’images qui me revient en tête au fur et à mesure que les pages se tournent. Un sentiment de mal être et de colère gronde en moi face à ces personnes qui ressemblent à tellement de vies réelles brisées. Le sujet était moins présent en 2006 que dix ans plus tard mais l’impact est pareil. On ne peut pas rester insensible face à la poésie de Laurent Gaudé.

J’ai été totalement émerveillé face à sa plume dans ces précédents roman et celui me montre à quel point le talent de Laurent Gaudé ne s’épuise jamais. Rien n’est laissé au hasard, rien n’est gratuit. Chaque mot est pesé et chaque personnage est travaillé en finesse. Que sa présence soit éphémère comme celui de cette femme qui a dû quitter ces racines puis a perdu son enfant. Elle n’est pas présente que sur deux ou chapitres mais cela est suffisant à lui donner une intensité incroyable. Ou Soleiman qui quitte sa mère, son frère malade, sa terre natale, ces amis… Puis il se fait escroquer par les passeurs, voler, tabasser mais il avance aider de son ami avec l’espoir d’un nouveau départ. Sobre et touchant, jamais l’auteur ne tombe dans l’apitoiement ou l’émotion facile pour la petite larme.

Encore un magnifique livre poignant de Laurent Gaudé qui sait magner les mots comme un jongleur ces massues. Allez en quête d’un eldorado mettre vos sentiments à rude épreuves, prêt pour l’aventure ?

2010 : Prix Euregio (Euregio Schüler Literaturpreis)

Lecture réalisée avec la fabuleuse Lydie

Lire son avis : « Tout au long de ma lecture, je me suis demandé comment Laurent Gaudé allait joindre l’histoire de Soleiman et celle de Salvatore. J’avais très peur d’une rencontre mal ficelée. J’avais peur qu’elle gâche le plaisir que j’ai ressenti leur de ma lecture. C’était sans connaitre Laurent Gaudé, il finit son roman en apothéose, en m’offrant un rapprochement subtil. Merci !« 

 Nous avons déjà lu :
– Cris (son avis)
– La mort du Roi Tsongor (son avis)
– Le soleil des Scorta (son avis)
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8 réflexions sur “Elorado – Laurent Gaudé

  1. Pingback: Challenge lecture – 250 livres dans l’année | 22h05 rue des Dames

  2. Pingback: Eldorado – Laurent Gaudé | Nos expériences autour des livres

  3. Mais qu’est-ce que je fous que je ne l’ai pas encore lui, moi, cet auteur ??? Pourtant, j’ai Cri et le soleil des Scorta et ça traine et ça traine… Tu fais bien de me donner un coup de pied au cul ! 😆

    • Ben oui, pourquoi tu es passé à côté???
      Il n’y pas de masturbation, ni de meurtrier avec plein de sang sur les mains… 😉
      Mais la beauté d’écriture de Laurent Gaudé est touchante.

      • Mais je ne cherche pas que des cadavres, de la branlette, du sexe et des cochoncetés, moi ! Mais c’est vrai que ces derniers temps, j’ai fait fort… et je viens d’en finir un avec une ex-star du porno en vedette !

        Bon, Laurent Gaudé, à nous deux !

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