Petit pays – Gaël Faye

9782246857334-001-xGaël Faye nous plonge à travers la douceur de ces mots dans la montée de l’horreur au Burundi. Gabriel dit Gaby, 12 ans, a l’innocence des enfants. Il rêve d’un lendemain plein d’espoir, de rires et d’amusements. Mais la réalité du monde va le rattraper et l’adulte va devoir naître. Les éclats de soleil vont devoir laisser place aux éclats de sang.

Le mot Afrique, nous fais apparaître bien des images en tête. Gaël Faye lui décide d’y écrire l’histoire d’un déchirement, d’une souffrance, d’un abandon. Son personnage Gaby va à l’école, apprend à lire et à écrire, s’invente des mondes et aventures incroyable avec ces amis de l’impasse. Le soir, il rentre chez lui, profite de ces parents et de sa sérieuse petite sœur, Ana. Tout aurait pu continuer ainsi si les élections n’avaient pas bousculer un fragile équilibre.

Des coups de feu toute la nuit puis un air de musique classique à la radio. Le président est mort vive le nouveau président. Les rues ne sont plus tranquilles. Quelques corps commencent doucement à s’y retrouver. Puis la violence va monter. Les rivalités ethniques vont devenir des armes pour massacrer des populations entières. La terreur règne et l’horreur monte d’un grand chaque jour. Qu’elles sont les limites de l’homme pour se détruire ?

Gaby voit les changements et ne les comprend pas vraiment. Ces amis veulent des armes pour défendre l’impasse. Pourquoi essayer la violence ? C’est pour les adultes ce genre de choses. Mais quand devient-on adulte ? Est-ce lorsque sa mère revient et qu’elle parle du génocide qu’elle a vu. Des corps des enfants de sa tante qui pourrissaient depuis trois mois dans la maison qu’elle a dû enterrer. Puis ces tâches sur le sol qui ne partaient pas, qui ne partiraient plus. Ou est-ce c’est lorsque des enfants ont des kalachnikovs dans les mains et qu’ils tuent alors des ennemis de leur patrie ? L’innocence s’éteint comme une flamme d’un briquet que l’on ferme.

« Le génocide est une marée noire. Ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie. »

Pour se protéger, Gaby avait trouvé le monde des livres, celui de tous les possibles. Mais malheureusement cela ne peut pas faire une véritable barrière à la cruauté humaine. Son métissage est une chance qui lui permet de quitter le pays avec sa sœur. 20 ans plus tard, il revient sur la terre de son enfance et retrouve Armand, qui n’a pas déménagé depuis l’assassinat de son père devant ces yeux. Il est venu chercher un héritage qu’on lui a confié, des milliers de livres. C’est au cœur de cette impasse qu’il se rend compte qu’au final c’était un prétexte pour revenir sur les terres de son enfance, retrouver un peu ces racines où la terre et le sang se mêlent.

« Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance. Ce qui me paraît bien plus cruel encore. »

C’est avec une certaine poésie qui m’a fait penser à la plume de Laurent Gaudé que je me suis plongée dans ce premier roman de Gaël Faye. Les premiers moments sont pleins de rire et d’innocence et mon sourire suit notre jeune héros plein de candeur. Puis la noirceur de l’âme humaine fait son apparition où les hommes s’entretuent pour une question d’ethnie, de couleurs de peau, de statut social. L’horreur fait sa place à travers le récit de tiers jusqu’à ce que l’enfant en face l’expérience directe.

Les récits touchants ont fait échos à des témoignages que j’avais entendus sur cette guerre entre Hutu et les Tutsi. Des récits de ces femmes qui ont vu et connu le viol de leur mère, de leur sœur, de leur corps, les tortures, les morts, le sang… Aujourd’hui, elles sont debout, racontent une histoire que beaucoup ne veulent pas entendre et essaient de reconstruire un pays blessé. Elles doivent reconstruire avec les tortionnaires, créer des tribunaux avec les familles des deux côtés pour apprendre à comprendre et pardonner. Il faut du temps pour essayer d’avancer et de donner une nouvelle impulsion positive tout en pansant ces blessures.

Ces femmes m’avaient bouleversé par leur volonté et leur force d’avancé pour construire un pays meilleur pour les futurs générations. Ce roman m’a plongé au cœur d’un pays que je ne connais pas où parfois j’avais l’impression de voir les bougainvilliers en fleurs, de sentir l’odeur du matin qui se lève, de goûter le jus des mangues murent à point… Les souvenirs d’une enfance se sentent entre chaque mot jusqu’au mot guerre qui d’une idée devient une réalité.

Un magnifique premier roman pour ce chanteur qui va créer une véritable attente pour son deuxième opus. Alors si l’envie vous venait de venir découvrir l’horreur à travers le regard innocent d’un enfant, plongez les yeux ouverts et le cœur grand dans ce délicat récit.

Lire l’avis de Motordus : « C’est un excellent 1er roman. Je suis contente de l’avoir lu. Quand vous l’aurez refermé, il vous faudra un peu de temps avant de relire autre chose. Il est toujours difficile de passer à une autre lecture quand la précédente laisse des traces. Mais ces traces sont utiles pour notre libre-arbitre. »

Lire l’avis de A Bride Abattue : « (…) le livre comporte de très belles pages qui font palpiter le coeur de l’Afrique. On imagine quelles couleurs et quelles odeurs y dominent, ce dont on ne parle jamais en Occident, et la joie pure des enfants vivant loin de la société de consommation sans être pour autant des petits anges. Il nous les montre volant des mangues à la voisine pour mieux les lui revendre ensuite. Et il n’hésite pas à dénoncer des pratiques violentes comme la scène de la circoncision. Quant à la description des journées « ville morte » qui s’infiltrent à la moitié du roman, elle font froid dans le dos. »

L’avis de Culturelle : « Un roman très fort, très symbolique et poétique, hanté par la nostalgie de l’innocence et du bonheur enfui. A ne pas manquer ! »

#MRL16

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3 réflexions sur “Petit pays – Gaël Faye

  1. Pingback: Challenge lecture – 250 livres dans l’année | 22h05 rue des Dames

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