A la rencontre de Maud Begon

13669683_10157190041050634_3592297433169277857_nUn crayon dans la main, un pinceau derrière l’oreille, Maud Begon est une illustratrice pleine d’imagination. Son talent s’exprime à travers toutes ces créations. Mais qu’elles sont ces sources d’inspiration? Qu’aime t’elle? Qu’est-ce qui émoustille ces songeries? 

Sur internet, c’est noté que tu avais deux aspirations avant de venir sur Paris : celle de diriger le monde et dessiner mieux que tout le monde. Se sont toujours tes aspirations à ce jour ?
Hahaha, bien sûr! J’aspire toujours à devenir le maître de l’univers. Non, en vrai, si quand j’étais petite j’aspirais tout à fait à dessiner mieux que les autres (but unique), j’ai depuis quand même réalisé que c’était un peu naze, et j’ai jamais eu l’ambition pour diriger le monde (ni le Monde d’ailleurs). Cette description était une blague mais a été reprise beaucoup trop au sérieux. Aujourd’hui j’aspire juste à vivre normalement de ce que j’aime, à continuer à faire des projets qui m’exaltent, et à essayer de rester heureuse et de participer au bonheur autour de moi, et c’est déjà beaucoup.

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Pourquoi avoir quitté Toulouse pour Paris ?
Pour intégrer une Mise à Niveau Arts Appliqué publique et réputée. à l’époque on nous disait toujours 1er choix: Paris… Alors, j’ai eu un coup de pot au concours, et septembre 2005 j’intégrais l’ENSAAMA.

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Que rêvais-tu de faire en intégrant l’école de graphisme d’Olivier Serres ?
Je rêvais de faire du dessin animé! Mais en fait, je me suis vite rendu compte que l’animation ce serait pas mon truc – je suis dans une pratique très spontanée, vive et brouillon, l’inverse de perfectionniste et je m’ennuie très vite quand je dois reprendre la même image… Je me voyais plus à la source, créer les histoires, les univers et les personnages, mais tout le reste pas du tout! Donc, j’ai changé d’avis en cours de route. Et c’est comme ça que je me suis retrouvée en communication visuelle.

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Etudiais-tu la bd à l’école de graphisme ?
Pas du tout, j’étais en filière communication visuelle, ce qui n’a « rien » à voir avec la BD ni l’illustration… On étudiait l’édition et la pub – le rapport texte image, le graphisme d’information… Tout un tas de trucs qui ont formé mon regard et mes gouts. Et, il y a eu pas mal de dessin les 3 premières années, beaucoup de modèle vivant, d’expression plastique: c’est dans ces cours que j’étais le plus heureuse, et c’est là que je me suis fait la main! Je voulais devenir peintre, alors, je rêvais de partir à Londres… Mais je suis restée.

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Comment es-tu arrivé dans l’univers de la bd ?
Je suis restée continuer mon cursus en communication visuelle, et en 4e année j’ai rencontré des nouveaux copains, qui m’ont fait re découvrir la BD! La Bd c’était très sérieux et précieux dans mon coeur, mais je connaissais plutôt le journal de Spirou (abonnée de 8 à 23 ans!), et les collec de BD à la maison (Achille Talon, Gaston, Mafalda, Arya, Julie Claire Cecile…). J’avais fait une petite incursion Manga, mais je m’y étais pas projetée… Et là je découvrais tout un monde: LE ROMAN GRAPHIQUE! Et surtout, à l’époque, auto-biographique — coup de coeur immédiat et infini, dans la foulée je découvre aussi les blog – et évidemment j’en ouvre un!

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Qu’est-ce qui t’a poussé à te lancer sur la toile pour faire un blog ? le besoin de dessiner librement ?
J’aimais énormément ce qui se faisait sur internet (en 2008-9), et je commençais à déprimer dans ma formation – le dessin sur le blog me donnait à nouveau la pêche et un peu d’ouverture pour l’avenir! Et très vite je m’y suis sentie super à l’aise et heureuse… J’ai rencontré des gens chouettes, et ma première maison d’édition par la même occasion. J’y ai aussi développé un tout petit embryon de récit que j’aimerais pousser plus tard… Mais je crois que je suis devenue un peu trop pudique pour me livrer comme je le faisais à l’époque.

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Tu as quitté le format blog pour un site internet. Pourquoi?
Et le site internet est devenu juste une vitrine pour pouvoir présenter mes boulots d’illustration à des potentiels nouveaux clients! Mais en fait, il n’est pas à jour, il faudrait que je me prenne en main…

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Comment définirais-tu ton travail?
Réaliste mais stylisé, « spontané », pour ne pas dire à tendance brouillonne? Mes personnages ont des gros yeux et des gros cheveux, des têtes énormes, des carrures étroites, ils s’envoleraient au moindre coup de vent. L’inverse de moi, donc!

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Avant de pouvoir faire ton premier album, tu as participé aux albums Phantasmes et 13m28. Peux-tu nous raconter comment c’est passé cette première collaboration artistique et comment elle est née ?
Par mon blog, j’ai rencontré les Manolosanctis – on s’est vite très bien entendus et j’ai participé à leur premier concours, pour Phantasmes. J’ai été sélectionnée et folle de fierté d’être publiée pour la première fois! à la suite, j’ai continué à participer à leurs volumes collectifs, et puis au bout d’un moment je leur ai proposé mon premier projet solo.

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En 2010, tu publies Antigone. Peux-tu nous parler de ce premier album ? histoire, dessin, publication…
Ce premier album est cher à mon coeur, même s’il a été très mal accepté (et très dur à assumer). Je l’ai fait très très vite (4-5 mois en tout, de l’écriture à la livraison des fichiers finaux en couleur… Soit 4 fois moins de ce qu’il me faudrait, au minimum, pour un album plus approfondi), du coup il est plein de bonnes intentions, il est très très spontané, vivant et je trouve assez engagé dans un type de récit qui ne cherche à ressembler à rien… Mais il est loin d’être abouti. Il a été très durement accueilli par la critique, et moi j’ai longtemps eu honte! mais en fait, non, j’en suis fière.

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Cette première publication chez Manolosanctis a donné naissance à une deuxième l’année suivante chez le même éditeur sous le nom de Vivre dessous. Tu avais aussi une autre histoire en tête ? une demande de l’éditeur ? Peux-tu nous parler de ce second album ?
Ces albums collectifs faisaient l’objet de «concours » chez l’éditeur, qui proposait une plateforme de lecture en ligne. Les propositions étaient soumises à des votes du public. Pour cette participation, j’ai travaillé sur un scénario de Joseph Safieddine, avec qui j’ai ensuite travaillé pour la série KSTR, chez Casterman!

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2013, changement d’éditeur pour aller chez Casterman, très gros éditeur. Comment es-tu arrivé chez eux ? Tu avais un projet ? on t’a repéré ?
Après notre rencontre au sein de Manolosanctis, Joseph m’a proposé de travailler avec lui sur le projet « Je n’ai jamais connu la guerre ». On a beaucoup travaillé ensemble sur le scénario, c’était vraiment une belle experience. Nous avons rencontré notre futur éditeur à Angoulême, et tout s’est passé très vite, on a eu beaucoup de chance. Je travaillais en parallèle, donc j’ai mis très longtemps à accoucher de cette album… ça a été dur, et à la sortie, le projet n’est pas resté longtemps sur les étagères…. Mais, il a quand même eu des beaux papiers sur internet!

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Tu as commencé avec Je n’ai jamais connu la guerre, puis en 2014 Les Autres gens et maintenant avec la magnifique série Bouche d’Ombre dont le tome 3 devrait sortir bientôt. C’est un beau parcours. As-tu l’impression d’avoir une reconnaissance de tes pairs ?
Je suis très heureuse de faire ce métier! Et j’adore rencontrer mes collègues auteurs, les libraires, les lecteurs. Je n’ai pas une reconnaissance particulière de mes pairs, mais nous sommes en général appréciatifs du travail des uns et des autres et je me sens tout à fait intégrée, au milieu de tous ces auteurs que j’adore, comme un poisson dans l’eau. Et Bouche d’Ombre a eu un prix de la création au festival de Montargis (un festival génial, d’ailleurs! Rempli de gens adorables que j’espère revoir vite!)! Ce prix m’a énormément émue et rendue vraiment très fière. C’est la première fois que j’ai l’impression que mon travail est récompensé comme ça. Très fière, et très heureuse.

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Peux-tu nous parler de la série Bouche d’Ombre ? Comment t’es venu l’idée ?
Comment se passe la collaboration avec Carole Martinez ? Comment es-tu venu à travailler avec elle ?
Nous avons été présentées par notre éditrice, chez Casterman. Carole évolue dans le milieu de la littérature, alors quand elle a apporté son scénario à Casterman, elle n’avait aucun contact de dessinateurs, et a demandé leur aide aux éditrices pour trouver un trait. C’est donc à cette occasion que nous nous sommes rencontrées. Et nous avons eu immédiatement un coup de coeur! J’adore ses romans et son écriture, elle me fascine, et en tant que personne je l’adore tout autant. Alors c’est génial, quand ça se passe comme ça, avec autant d’amour pour et autour d’un projet!

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Pour l’instant deux tomes sont sortis, un troisième est en cours de réalisation. Y aura-t-il une suite ?
La série est prévue sur 4 tomes, et Carole est en ce moment même en train d’écrire le 4e! J’ai hâte de le lire, pour l’instant je n’ai que des bribes de ses idées et c’est déjà complètement génial :)!

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Peux-tu nous en dire plus sur ce troisième tome ?
Ce troisième tome m’est très cher: on y voit évoluer deux personnages auxquels je me suis terriblement attachée. Comme à chaque fois, mais ces deux là me font rire! Et, on y tourne autour de Victor Hugo, pendant son exil à Jersey: et Carole en a fait un personnage que je trouve tout aussi merveilleu(sement drôle). Je me suis beaucoup amusée avec les couleurs, et le dessin, dans ce paysage très sauvage du Jersey du XIXe, je me suis plongée dans des associations nouvelles et c’est un grand plaisir.

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Qu’est-ce tu utilises comme matériel pour réaliser tes bd?
Sur bouche d’ombre, je travaille au crayon, sur du papier très fin pour voir mon story board par transparence. Je met ensuite en couleurs à l’ordinateur. Pour mes boulots d’illus, je travaille directement à la tablette graphique wacom!

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Tu es également illustratrice, tu fais des illustrations de quel genre ? pour qu’elle type de média ? tu fais aussi des commandes de particulier ?
Je travaille beaucoup en parallèle sur des illustrations liées à des projets de communications, pour des marques en général! Par exemple, j’ai réalisé en 2015 des illustrations pour des newsletter Taillefine, c’était très marrant à faire. J’aime beaucoup ces projets, qui sont dans un style très différent mais me permettent de m’aerer la tête! Je prend aussi des commandes de particuliers, quand j’ai le temps, pourquoi pas? C’est rigolo et ça met du beurre dans les haricots (c’est la saison!).

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Tu fais beaucoup de recherche pour tes bd?
Ca dépend lesquelles! Pour Bouche d’ombre, j’ai finalement fait peu de recherche « graphique », ça s’est fait au fur et à mesure. Par contre, j’ai fait énormément (et par énormément j’entend ENORMEMENT) de recherche documentaire: cette série s’ancre dans des univers réels et témoigne du Paris passé, qu’on soit en 1985 ou en 1905, à Paris ou sur Jersey, je veux dessiner le moins de bêtise possible. Pour le tome 3, je me suis un peu laissé rêver: pour les maisons et les hameaux sur Jersey, je me suis souvent inspirée de ce que j’aime… de la Bretagne.

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As-tu d’autres projets bd en tête ?
J’ai deux projets au four – la levure est dans la pâte, ça lève! Mais il faut être patient – quand on est auteur, entre le moment où on a la première envie, celui où on prépare le dossier, et celui où, enfin, on commence à travailler sur le projet signé, il peut s’écouler plusieurs, voire de nombreuses années. C’est compliqué. C’est le jeu. ça n’en est pas moins un plaisir, d’y travailler.

J’ai des carnets pour tous mes projets, j’ai évidemment 15 projets en écriture, mais les deux dont je parle plus haut sont les deux seuls en été suffisamment avancés pour être considérés sérieusement.

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Comme tu dessines beaucoup tu dois aussi beaucoup lire. Qu’est-ce qui t’inspire ?
Les romans! Je suis une grande lectrice de roman, et d’ailleurs, si le roman me transporte, je vais avoir envie de l’adapter… Je pense à me reconvertir en auteur qui fait que des adaptations parce que les romans c’est génial. Les romans de Carole Martinez, pour tout ça, sont incroyables. Sinon, je suis surtout une inconditionnelle amoureuse des classiques: Balzac, Zola, Stendhal, Giono, Flaubert, Dumas, … Je n’ai qu’un regret, c’est de manquer d’heures dans mes journées pour pouvoir tous lire d’eux, et les relire encore. Mais je suis aussi très friande de romans de gare: à tendance longue saga familiale ou polar ésotérique. Les énigmes et les cryptologues, j’adore. ça marche aussi avec les documentaires. Je passe mon temps à dessiner avec, en fond, des documentaires sur une archéologie plus ou moins fantasque.

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Qu’est-ce que tu conseillerais de lire si quelqu’un te demande conseil pour lire de bons romans et de bonnes bd ?
A chaque fois que ma soeur vient chez moi, elle me demande. Mais je sais pas répondre à cette question! J’adore les romans graphiques, alors je dirais «une bonne grosse BD ». J’aime beaucoup les BD américaines, alors je dirais, « un bon gros Black Hole », ou « un bon gros Chris Ware ». Mais j’aime aussi un milliard d’autres auteurs, un milliards d’autres livres, alors j’ai vite fait de vider ma bibliothèque sur ses genoux « ho mais il faudrait aussi que tu lises « quartier lointain » de Taniguchi – et « Gus », tu as lu les « Gus »? – et la biographie de Niki de Saint Phalle, elle est merveilleuse / attend, lis « La Lionne », aussi, en biographie, c’est vraiment génial – QUOI, tu n’as jamais lu Kiki de montparnasse? Attend je l’ai quelque part / HO REGARDE CLAIRE BRAUD C’EST VRAIMENT GENIAL CLAIRE BRAUD / HO MAIS CLAIRE BRETECHER ATTEND FAUT ABSOLUMENT QUE TU LISES CLAIRE BRETECHER » <<<<<< Bref.

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Que conseillerais-tu à quelqu’un qui veut se lancer dans la bd ou/et l’illustration?
D’y aller, lentement mais surement, de ne pas se décourager, de partager au plus possible son travail, dés que possible, c’est comme ça qu’on évolue et qu’on rencontre les gens avec qui on pourra peut être travailler plus tard. De garder un autre travail à côté au cas où. De dessiner tout le reste du temps!

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Retrouver la fabuleuse Maug Begon sur Facebook

Sa bédéographie
2010 : Antigone – One shot
2011 : 
Vivre dessous – One shot
2013 : 
Je n’ai jamais connu la guerre – One shot
2014 : Les Autres gens 
En cours : 
Bouche d’Ombre (actuellement deux tomes publiés)

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