Toute la lumière que nous ne pouvons voir – Anthony Doerr

9782226317186gLes récompenses que reçoivent les livres n’est pas un argument de lecture pour moi. Mais après avoir lu doucement et avec passion « Toute la lumière que nous ne pouvons voir » d’Anthony Doerr, je me suis dit que lui méritait bien d’être couronné du Prix Pulitzer. Un petit pavé de 600 pages qui pourrait refouler les plus peureux cependant, il ne faut pas passer son chemin. Pourquoi ?

Préparez-vous à plonger dans une aventure humaine singulière. Deux histoires, deux destins vont s’entrecroiser. L’un est allemand et l’autre est française entre eux la seconde guerre mondiale, un diamant « L’Océan de flammes » et une malédiction. Tout aurait pu être tranquille et paisible si la guerre n’avait pas été déclarée et si les allemands n’étaient pas venus jusqu’à Paris.

Werner Pfennig, est un jeune orphelin aux cheveux blancs, élevé avec sa sœur par une religieuse alsacienne dans un orphelinat élevé au cœur de la Ruhr, ce « pays d’acier et d’anthracite ». Depuis son plus jeune âge, il se passionne pour les ondes alors c’est tout naturellement qu’ils écoutaient les émissions à la radio qu’il avait monté. Il adorait les leçons d’histoire, de science que parfois il arrivait à capter de France. Son savoir-faire lui permet d’être admis dans une école d’élite du Troisième Reich. La joie va très vite laisser la place à une certaine horreur face à ce nationalisme qui va prendre des proportions disproportionnées. D’ailleurs, cela ne va-t-il pas lui coûter son meilleur ami ? Puis il va rejoindre la Wehrmacht pour détecter les transmissions illégales de la Résistance.

Marie-Laure Leblanc, aveugle depuis l’âge de six ans est élevée par son père, serrurier en chef au musée d’Histoire Naturel. Elle connaît très bien les lieux, les gens qui y travaillent et prend plaisir à découvrir les trésors qu’elle peut toucher. La lecture est l’un de ces plaisirs alors c’est avec une grande délectation qu’elle lit et relit « 20 000 lieux sous la mer ». L’arrivée des allemands sur la capitale va pousser le père et la fille à l’exil à Saint-Malo chez le grand-oncle. Malheureusement, il va se faire arrêter et sera emmener dans un camp de travail en Allemagne.

Leur destinée était peut être alors de se rencontrer un jour malgré les horreurs de l’histoire. Anthony Doerr choisit d’alterner les chapitres courts (187) pour nous présenter avec une finesse remarquables, ces personnages dotés d’une grande sensibilité. En plus, il ose mettre un brin de magie avec ce fameux diamant aux histoires plus romanesques les unes les autres. L’éternité et la protection seront offertes à ceux qui le possèdent mais en contrepartie, cela sera le chaos qui va se déchainer autour d’eux. Un seul moyen de mettre fin à cette malédiction, c’est de rentre la pierre précieuse à la déesse de la mer. Marie-Laure a-t-elle toujours été protégée grâce à ce caillou ? A-t-elle vraiment mis fin à la guerre ? Mystère…

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Même si les allers-retours entre 1941, 1944 et 1945 m’ont un peu perturbé dans ma lecture, j’ai pris un grand plaisir à le lire. J’ai fait exprès de ne pas le dévorer, mais de prendre le temps de savourer chaque rencontre entre les pages avec les personnages si touchants, si vrais… Je savais qu’arriver à la dernière page, je devrais leur dire au revoir. D’ailleurs, c’est toujours avec un sourire que je regarde le livre, comme un ami complice qui m’a fait vivre un moment captivant et envoûtant.

Certains pourraient être déçus de la fin mais il faut oublier les schémas habituels de nombreux romans. Pourquoi les gens devraient se retrouver et être heureux ? Pourquoi devrait-il tomber amoureux et avancer main dans la main ? Pourquoi parfois ne pas voir la douceur d’un moment comme un souvenir qui nous aide à aller mieux ? La vie n’est pas un film feel good, alors les romans non plus ne devraient pas toujours l’être et cela ne les empêche pas d’être d’une grande beauté.

 Les genres se mêlent, s’entremêlent et les mots sont de douces caresses que l’on voudrait qu’elles ne s’arrêtent pas. Il est difficile de parler et de résumer très précisément l’histoire tellement que c’est délicat, sublime et rempli d’humanité. Ce sont des sensations qui me restent avec une envie de trouver Marie-Laure dans Paris pour discuter avec elle. Une lecture extraordinaire qui est vraiment un de mes coups de cœur de l’année.

J’ai compris pourquoi il a fallu 10 ans à l’auteur pour achever ce roman. Peut-être lui aussi a eu de mal à quitter ces personnages. Il les a laissé afin de nous donner Toute la lumière que nous ne pouvons voir.

L’avis de Jérôme, Sylire    

Un grand Merci à Michaël de m’avoir offert ce livre suite à une discussion sur le Club des épluchures de patates.

Le + : les droits d’adaptation cinématographiques ont été achetés par la 20th Century Fox.

[Extrait]

« On est très loin de comprendre ce que c’est d’être aveugle, quand on ferme les yeux. Sous notre monde des cieux, des visages et des édifices, il en existe un autre, plus brut et plus ancestral, un espace où les surfaces planes se désintègrent et où les sons forment une multitude de romans dans les airs. De son perchoir, Marie-Laure peut entendre des nénuphars remuer dans des marais, à trois kilomètres de distance. Des Américains se faufiler à travers des champs, pointer leurs énormes canons sur la fumée de Saint-Malo. Des familles renifler autour de lampes-tempête dans des caves, des corbeaux sautiller de décombres en décombres, des mouches se poser sur des cadavres dans les fossés. Elle entend frémir des tamarins, des geais piailler dans les herbes dunaires ; elle sent le gros poing de granit, profondément enfoncé dans la croûte terrestre, sur lequel Saint-Malo est posé, et l’océan l’entourer de toutes parts, et les îlots résister à l’assaut des marées. » (p. 452)

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3 réflexions sur “Toute la lumière que nous ne pouvons voir – Anthony Doerr

  1. Pingback: Challenge lecture – 200 livres dans l’année | 22h05 rue des Dames

  2. Je n’ai pas été emballé par ce roman tellement construit qu’il a fini par m’apparaître assez artificiel. Il faut dire que j’en attendais énormément, sans doute trop.

    • On me l’a offert car j’avais bien le club des éplucheurs de papates. Alors je ne m’attendais à rien. Je ne savais même pas de quoi il allait parlé avant de l’ouvrir 🙂

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