Gwladys, une artiste qui a plus d’une corde à son arc

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Le regard pétillant, le sourire jusqu’aux oreilles, Gwladys est une passionnée et elle aime communiquer sa joie de vivre. Normal pour une jeune artiste qui en plus d’être comédienne est conteuse et clowne. Et si nous allions à sa rencontre pour en découvrir plus?

Tu te définirais comment ? une comédienne-clown-conteuse, une conteuse-clown-comédienne, une clown-comédienne-conteuse ? autre ?
Eh bien, je me pose moi-même cette question et n’ai pas encore une réponse affirmée ! 😉 Je me considère comme une aficionados du spectacle vivant, j’aime le contact avec le public et les mille manières de communiquer artistiquement. J’ai commencé par le théâtre, et ça a été ma porte ouverte aux autres pratiques. Aujourd’hui, je fais du théâtre, du clown, du conte, et je mets un peu de l’un dans l’autre, j’aime le mélange des arts. Demain peut-être qu’il y aura de la danse, du cirque, de la chanson, je prends ce qui me parle à un instant T.

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Comment es tu devenue comédienne ? conteuse ? clown ?
J’ai découvert la pratique du théâtre quand j’étais collégienne, et ca a été mon activité fil rouge depuis. A côté de ca, j’avais ce désir enfoui d’être clown à l’hôpital, je ne savais pas bien si c’était un loisir, un métier, ca a trotté des années dans ma tête. Et puis j’ai commencé à me renseigner concrètement. Quand j’ai fait mon premier stage découverte du clown, ca a été le coup de foudre pour cet art de la rencontre, de l’émotion, de la belle bêtise. Deux ans après, je lâchais mon métier précédent pour me lancer dans une formation professionnelle de clown. Et j’ai fini par me laisser faire quand mon cœur m’a dit de poursuivre à fond dans cette voie. Je me sens encore en apprentissage, c’est si vaste, j’essaie de consolider jour après jour mon costume et mon intériorité d’artiste.

Depuis quand fais tu du théâtre, du clown, et du conte ?
Je fais du théâtre depuis mes 10 ans. J’ai commencé les deux autres activités plus tard, de manière naturelle. J’ai fait du clown, j’ai savouré. Et puis j’étais un peu frustrée de ne pas pouvoir dire tout ce que j’avais à dire en clown, alors je me suis intéressée à l’art de la parole.

Où et dans quel cadre les pratiques tu aujourd’hui ? J’ai entendu dire que tu faisais du clown à l’hôpital, tu peux m’en parler ? Tu pratiques le conte avec d’autres, tu m’en parles ?
Côté théâtre, je joue dans des pièces selon les moments. Actuellement, j’interprète un personnage dans « Au Prix de la Mort », une pièce sur l’esclavage aux Antilles au 19ème siècle.

Le clown à l’hôpital – et plus généralement dans les institutions de soin – est une de mes activités principales, c’est quand même ca qui m’a fait lâcher mon ancienne vie. Je travaille au sein de l’association Clowns Z’Hôpitaux, je me rends dans des services pédiatriques, les maisons de retraite, les foyers d’accueil médicalisés, etc. On est toujours à deux clowns, et on vient rencontrer des enfants, des adultes, simplement ; on vient s’amuser, s’émouvoir avec eux. On ne sait pas exactement ce qu’on apporte, au moins une petite bulle d’ouverture.

Concernant le conte, je fais partie des OGRES, un collectif de conteurs expérimentateurs. Chaque mois nous nous réunissons pour tester des pratiques autour de l’improvisation de récits, et une fois par trimestre, nous ouvrons le labo au cours d’une soirée publique. Je conte aussi à titre personnel, là où le conte a sa place (à peu près partout !;) Comme le clown d’ailleurs, j’aime être artiste tout terrain, artiste du quotidien.

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Comment définirais tu un conte ?
Il y a une notion d’histoire, de parole orale, de transmission au fil des temps, de partage avec des écoutants. Mais je ne suis pas la meilleure des théoriciennes pour répondre à cette question. J’aime la narration orale au sens large, je ne fais pas que des contes traditionnels, je collecte les histoires réelles, je créée des récits, je détourne des faits divers.

Qu’est ce qui t’a incité à faire des pratiques différentes et pourtant complémentaires ?
La soif de découvrir déjà! Et puis dans mon optique de création, j’ai envie d’avoir les outils adéquats pour exprimer ce que je souhaite, de la manière dont je souhaite. Selon le thème que je veux défendre, le public que je veux toucher, il est parfois plus opportun d’utiliser le théâtre, le conte ou le clown. Et au sein d’un même spectacle, je trouve que c’est enrichissant de mettre des pointes de l’un ou de l’autre. Plus globalement, faire du théâtre m’aide à scénariser un peu mes contes, faire du clown m’a permis de développer un rapport particulier au public de théâtre, faire du conte a donné des nouvelles perspectives à mon clown, etc. Tout se mêle ! C’est contemporain comme approche, certains puristes sont plutôt pour la classification précise des arts.

Qu’est ce que tu aimes le plus dans le théâtre/clown/conte ?
J’aime le partage avec le public, je donne, je reçois, une rencontre unique d’un jour, d’un soir, mais intense.

J’aime aussi pouvoir vivre 1001 vies, me baigner dans des univers si différents à chaque fois, me transcender, me découvrir, jouer la méchante alors que je ne m’énerve (presque) jamais dans la vraie vie !;)

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Quels sont les personnes, rencontres, livres ou spectacles qui t’inspirent encore dans tes pratiques artistiques ?
Des formateurs ont croisé mon chemin. Parfois une phrase, une approche, un petit événement t’ouvre un nouveau regard. Parfois un sourire qui te dit « Allez, vas y ». Merci à eux.

Comment réagissent les gens en général lorsque tu leur dis tout ce que tu fais ?
Dans mon milieu d’avant, les gens trouvent ca courageux d’avoir quitté la vie stable pour une vie de saltimbanque. Globalement, je crois que ca intrigue, ca fait un peu rêver le monde artistique.

Pour le côté clown à l’hôpital, tout le monde me demande si c’est pas trop douloureux de voir toute cette souffrance. Moi je vois la vie, les rencontres, les moments d’émotions, alors non généralement c’est pas douloureux, c’est juste doux.

Penses tu que les contes soient réservés aux enfants ?
Ah, cette vieille croyance ! Les contes sont pour tous, de 0 à 132 ans au moins !;) Il y a différents types de contes, différents thèmes, tellement que tout le monde peut y trouver sa nourriture.

Quand je conte pour les enfants, je me dis toujours que je conte aussi aux adultes (il y a toujours dans la salle aussi des parents, un professeur, etc.) et je trouve ca tellement plus savoureux de savoir que mon conte a plusieurs niveaux de lecture, et chacun comprend à sa mesure.

Existe-t-il différentes façons de conter ?
Oui, autant que de conteurs je dirais. Il y a des principes de base qui circulent dans le monde du conte, mais chacun y fait sa sauce, y met sa poésie, sa voix, son corps, son point de vue, etc. Si bien qu’un même conte raconté par deux personnes différentes qui ont laissé leur univers baigné le conte peut presque ressembler à deux histoires différentes.

Quels sont les différents lieux où tu contes ?
J’aime à dire que je suis artiste tout terrain, « l’art à la rue » est un de mes leitmotiv. J’en suis encore au début de ma vie de conteuse et des expérimentations d’endroits où j’aimerais conter. Classiquement, je fais les écoles, bibliothèques, théâtres. Mais j’ai aussi conté par exemple sur une œuvre sculpturale faite de chêne et de gros cailloux au milieu de la forêt, magique !

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Travailles-tu le conte/clown en musique ? Pourquoi ?
Je n’ai pas la fibre suffisante pour que la musique devienne artistique entre mes mains !;) Je clowne à l’hôpital avec quelques petits instruments, je chante des comptines, simplement. Ce sera peut être un de mes prochains chantiers d’apprentissage.

Est-ce que tu pourrais parler de l’aspect thérapeutique du clown ?
Dans l’approche du clown à l’hôpital que je pratique, on ne met pas en valeur l’aspect thérapeutique, on ne sait pas quelle est la pathologie de la personne (le personnel soignant nous indique seulement s’il faut mettre masque et blouse, s’il faut « y aller mollo », etc.), et on ne prend pas en charge un objectif d’efficacité de soin.

Mon clown est là, simplement là, pour partager un moment de vie, d’imaginaire avec la personne, au-delà des préoccupations médicales qui l’accaparent déjà bien assez.

Après bien sur, ce n’est pas parce qu’on ne se fixe pas d’objectif thérapeutique qu’on ne produit pas d’effet. Les soignants nous le disent régulièrement. Un papa est venu me le dire un jour. Sa fille était hospitalisée depuis quelques jours, elle n’avait pas le moral, pas le sourire. Jusqu’à notre venue, timide d’abord, et puis des éclats de rires ! Ce jour là, le médecin a autorisé la sortie de la petite fille. Quand j’ai recroisé le papa dans le couloir, il m’a dit « c’est grâce à vous qu’elle est guérie, c’est grâce à vous qu’elle sort» avec tout l’amour rayonnant d’un papa. J’étais émue. Bien sur je ne crois pas avoir été le remède miracle ce jour là, mais cette joie chez la petite et son père, c’était une petite cerise pour accompagner la sortie d’hôpital, pour « mieux guérir ». L’hôpital guérit les corps, mais l’âme ?

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Quelles sont selon toi les qualités d’un bon comédien(ne), conteur(se) et clown ?
Aimer ce qu’on fait (comme ça devrait idéalement être le cas dans tout métier d’ailleurs). Beaucoup font ça par passion, après seule une passion patiente et persévérante permet d’y arriver. Contrairement à la pensée « l’intermittent ne bosse jamais », il y a beaucoup de temps non comptabilisé comme temps de travail (car non rémunéré) mais indispensable : répéter et encore répéter, s’entretenir physiquement, promouvoir ses activités, se préparer aux castings, se nourrir de lectures, spectacles, rencontres, se former en continu, etc.

Autres qualités : le sens de la remise en question et la confiance en soi. Je ne peux pas donner les doses exactes mais il y a un juste équilibre entre les deux à trouver.

Enfant, as-tu grandi avec des histoires qui t’ont marqué et que tu aimes raconter adulte ?
Dans ma famille, on n’était pas très conte, ni spectacle. J’ai du entendre des histoires, mais je ne m’en souviens pas précisément. Je garde surtout le souvenir de certaines couvertures de livres de contes que je lisais.

Est-ce que cela a toujours été un rêve d’enfant de monter sur scène ? de raconter des histoires ?
Non, je ne crois pas avoir considéré cela comme un métier quand j’étais enfant. J’aimais ça, c’est tout. C’est après que c’est devenu un projet d’adulte. Quand j’étais petite, je voulais être médecin, ce n’est pas si éloigné… 😉

Et actuellement ?
« Au Prix de la Mort », de Christine Lara, mis en scène par Véronique Essaka de Kerpel et Ludovic Parfait Goma. C’est une tragédie versifiée retraçant les 24 dernières heures de Louis Delgrès. Ce personnage est un symbole de lutte pour la liberté aux Antilles, alors qu’il est très peu connu en France métropolitaine. Lorsqu’en 1802 Napoléon décide de rétablir l’esclavage en Guadeloupe (alors qu’il avait été aboli après la révolution française), Delgrès et ses hommes vont lutter contre les troupes de Napoléon.

J’ai intégré l’équipe du spectacle par casting. Nous sommes onze comédiens sur scène et un musicien. Tous profondément touchés par ce sujet de l’esclavage. Le spectacle est un témoignage de ce qu’on pu vivre ces hommes, ces femmes, ces enfants à qui on a voulu ôter la liberté, réduire à l’état de bête, d’outil à disposition des colons. C’est un plaidoyer pour la paix et la fraternité, pour l’égalité des peuples, pour la liberté comme droit fondamental, pour la solidarité dans l’adversité. Ce spectacle parle au-delà de la couleur de peau, ce n’est pas les noirs contre les blancs, il y avait à l’époque des blancs qui se battaient aux côtés des esclaves.

Encore aujourd’hui, la liberté de chacun à disposer de son corps et de son esprit n’est pas respectée dans de nombreuses régions du monde, parfois au bout de notre rue. L’égalité des chances, l’égalité de traitement est un combat toujours d’actualité, en fonction de l’origine ethnique, mai aussi du milieu social, de la différence homme/femme, etc. Mais bon, soyons optimiste, on a fait de belles avancées depuis 1802, le chemin continue !

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Que conseillerais tu à quelqu’un qui souhaite faire du théâtre/clown/conte ?
Oh, je n’ai pas encore assez de recul pour donner des conseils de sage ! Juste une citation qui me parle : « Impose ta chance, va vers ton risque, sers ton bonheur. A te regarder, ils s’habitueront ».

Ton métier idéal serait quoi ?
De ne pas avoir de métier ! Ne pas avoir besoin d’être dans le cadre d’une activité marchande pour dire « je suis artiste », ne pas avoir à penser aux considérations pécuniaires dans les projets que je fais. Et ne pas avoir à être dans une case et y rester.

Ecris tu des histoires ?
J’écris parfois. Des histoires qui me traversent, pas forcément pour les sortir du tiroir.

Côté spectacle, j’ai créé une forme autour de petites histoires entre le réel et la fiction. Et j’ai un projet de conte long format en cours.

On entend souvent que la culture ne sert à rien, qu’as-tu à répondre à cela ?
Si ressentir, penser, communiquer d’être à être ça ne sert à rien alors…!??

Où est ce qu’on peut te voir ?
Mes prochaines dates seront d’aller clowner en établissements de soins…mais je ne vous le conseille pas ! Après, break estival !

La tournée d’Au Prix de la Mort reprendra l’hiver prochain aux Antilles, au Canada, au Sénégal, et si un programmateur intéressé lit ce billet, qu’il n’hésite pas à faire signe !;)

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