Le système Ribadier – Pépinière théâtre

le-systeme-ribadier-bigM. Ribadier aime les femmes et pour preuve il en a épousé une. Il l’a choisi car son précédent feu époux, M. Robineau lui avait dit qu’elle était peu méfiante. Une femme pareille est une perle mais il a vite déchanté en l’épousant. Elle a été cocue assez longtemps pour ne plus se faire avoir. Par chance, M. Ribadier va avoir plus d’un tour dans son sac.

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Que raconte cette pièce ?
Angèle a décidé qu’elle ne se ferait pas avoir par son second mari. Grâce à un carnet, laissé par son premier mari, M. Robineau, qui référencie 365 manières de tromper sa femme, elle fait très attention à ce que peut faire M. Ribadier, son nouveau époux. 8 ans de mariage qui a donné 8 ans de cocufiage, elle se refuse à ce que cela recommence. Alors elle devenu d’une méfiance extrême allant jusqu’à vérifier s’il est vraiment à un conseil d’administration.

Mais M. Ribadier ne peut se refuser à aller séduire d’autres femmes que la sienne. Lui, il n’a pas besoin de ce livre avec 365 astuces pour échapper à la vigilance. Il a créé le système Ribadier. Il s’approche d’Angèle, yeux dans les yeux, mains dans les mains, il lui dit : « Mais regarde-moi donc dans les yeux… ». Puis il lui dit qu’il l’aime, la rassure et hop, elle s’endort. Lorsqu’il revient de son escapade, il lui souffle sur les mains et la belle au bois dormant se réveille.

L’arrivée surprise, d’un ancien amoureux, M. Thommereux, apprenant deux ans trop tard la mort de son ami Robineau, va bouleverser cet équilibre. Lui qui s’était exilé par amour à Batavia revient et ne pas être déçu du voyage.

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Et Feydeau dans l’Histoire ?
Georges Feydeau écrit cette pièce en 1892, aidé par Maurice Hennequin, année où il rencontre le succès avec Champignol malgré lui et Monsieur Chasse. Il suit avec attention les recherches de Charcot et de l’école de la Salpêtrière. L’auteur s’inspire de la tendance du moment qui est l’hypnose, proposé dans tous les salons mondains. Alors voilà, M. Ribadier, ingénieur va s’en servir pour manipuler madame pour aller batifoler tranquillement.

Il va écrire une pièce dans la pure tradition du vaudeville avec des quiproquos absurdes, des personnages pathétiques et bourgeois, un comique de situation redondant, des faux-semblants, du personnel de maison insolants… Mais qui a pour particularité une fin positive. Sinon, ce que j’apprécie et ce qu’on retrouve dans presque tous les Feydeau, c’est l’importante du courrier. Que ce soit des lettres postales ou des messages déposés à la maison, ils sont toujours source de suspicion. D’ailleurs, l’épouse va surveiller très attentivement toutes les lettres qui arrivent. Celle qui va incriminer son mari va lui être remi par le mari d’un de ces amants. C’est toujours subtil et très drôle. La scène où l’époux et l’épouse trompés lisent la lettre de M. Ribadier à Théthé, où ils se passent la lettre lorsqu’on parle d’eux en terme peu élogieux. Quel délice d’humour qui ne peut réfréner un bon éclat de rire.

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Qu’est-ce que j’en ai pensé ?
Le décor est diamétralement opposé au Système Ribadier mis en scène par Zabou Breitman à la Comédie Française en 2013. Là où les décors étaient amovibles et très riche de détails, ici on va vers une simplification extrême. Mais ce choix porté par Jean-Philippe Vidal porte aussi son élégance et va parfaitement avec l’histoire. Pour être simplifié, c’est simplifié. Deux portes de chaque côté de la scène avec un espace derrière que le spectateur peut voir. Deux fauteuils un peu rétro, année 70, où l’on peut s’asseoir à deux. Un écran où est projeté le visage de M. Robineau qui bouge. Et un magnifique tissu motif écossais au sol qui est rappelé dans le pantalon de M. Ribadier avec quelques rappels discrets sur son gilet.

Le décor n’a pas besoin d’être plus riche car d’une part, il y a un véritable beau travail de lumière qui souligne parfaitement l’histoire et d’autre part avec une excellente performance de comédiens. Hélène Babu (Angèle Ribadier) et Pierre Gérard (M. Ribadier) sont vraiment formidables. Ils sont présents et incarnent avec une vraisemblance plaisante ce couple pendant 2h00 où les rires n’arrêtent pas. Il pourrait même n’y avoir que deux portes cela irait car leur prestation est à la hauteur d’un très bon Feydeau. Et je sais de quoi je parle puisqu’après trois Feydeau d’un ennui mortelle, je sais reconnaître un bon spectacle. D’ailleurs, un élément déjà reconnaissable, j’ai ri malgré que j’aie déjà vu deux fois la pièce l’année dernière.

Je n’oublie pas les autres comédiens mais qui sont assez peu présents mais très important pour l’intrigue. Bravo aussi à l’amoureux transi qui s’est enfui à Batavia, M. Thommereux – Romain Lagarde. Le couple coquin de la bonne avec le cocher, qui passe secrètement par la fenêtre avec Ludmilla Dabo et Pierre-Benoist Varoclier. Et enfin, M Savinet – Gauthier Baillot qui manque un punch mais qui incarne correctement se mari un peu effacé plus intéressé par ces affaires économiques que de cœur.

Deux petites choses m’ont un peu perturbé quand même. Je ne comprends pas pourquoi le portrait de Robineau disparaît vers la fin du spectacle. Est-ce qu’il faut voir cela comme le fait qu’Angèle fait de nouveau confiance en son mari et n’a plus besoin de voir le portrait pour lui rappeler d’être confiante ? Et pourquoi avoir choisi la couleur orange, non présente dans le spectacle comme couleur de fin ? Dernière chose qui m’a un peu perturbée au début, c’est pourquoi avoir choisi que les répliques étaient données face public car cela casse un peu la complicité que les répliques créée entre comédiens. Je vous avoue que je ne suis pas toujours preneuse du jeu face public lorsqu’il y a des échanges entre comédiens car dans l’idée, ce n’est pas à moi que l’on parle. Mais bon, une fois qu’on accepte la démarche artistique du metteur en scène, je me suis habituée. Même si je pense que ne pas prendre autant le public à parti aurait encore plus amélioré la pièce.

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Au final, c’est un spectacle que je recommande très chaudement d’aller voir comme à peu près tous les spectacles de la Pépinière. Enfin Georges retrouve les honneurs qui sont dus à son travail d’horloger suisse auteur de vaudeville.

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