Carambolages ou l’art d’interroger les œuvres – Grand Palais

CARAMBOLAGES-GRAND-PALAIS-2016_3279045107841807614Impossible de ne pas entendre parler de l’exposition Carambolages qui occupe une grande partie du Grand Palais jusqu’au 4 juillet. Une exposition conçue comme une sorte de grand jeu où cela sera le sensitif qui prendrait le dessus. Alors on abandonne les cartels, les explications. On expose juste des « œuvres ». Idée de génie ou foutage royale de gueule ?

Présentation de l’exposition
L’exposition Carambolages a pour intention de pouvoir toucher tous les publics qu’importe leur bagage culturel. Le commissaire d’exposition, Jean-Hubert Martin, souhaite faire appel à l’imagination pour donner sens à ce qui nous est présenté. D’ailleurs, pour expliquer l’absence de cartels et de commentaires, un texte de présentation est mis dès l’entrée de l’exposition.

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Ainsi, sur un parcours bien défini, le commissaire d’exposition propose des sujets à la méthode de la comptine pour enfant « trois petits chats ».

« Trois p’tits chats, trois p’tits chats, trois p’tits chats, chats, chats,
Chapeau d’paille, chapeau d’paille, chapeau d’paille, paille, paille,
Paillasson, paillasson, paillasson, -son, -son,
Somnambule, somnambule, somnambule, -bule, -bule,
Bulletin, bulletin, bulletin, -tin, -tin,
Tintamarre, tintamarre, tintamarre, -marre, -marre,
Marabout, marabout, marabout, -bout, -bout, »

Les représentations se succèdent par rapport à un détail, une forme, un sujet… Les choses se présentent pour la plupart côte à côte, dans un réglage lumineux assez identique. Il n’y a pas de choses plus valorisé qu’un autre. Tout est mis sur un terrain d’égalité. Cela doit permettre de faire abstraction de la théorisation de l’art et ainsi rendre accessible. Mais voir sans savoir et sans comprendre, est-ce cela rendre accessible ?

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185 « œuvres » nous sont présentées qui vont de l’art antique à nos jours et qui est représentatif du monde entier. Ainsi chacun peut appréhender ce qui peut inconsciemment ou consciemment lui parler.

Mon premier ressenti de la visite sans guide
La presse parle que certains spectateurs sont chamboulés par cette muséographie. C’est peu de le dire. Voir des choses sans rien comprendre à qu’on voit, j’avoue que cela m’a perturbé. Mettre un objet rituel à côté d’une peinture, pourquoi pas mais j’ai besoin de comprendre car ma cage à émotion est apparemment partie en vacances. Voir une superposition se chose sans rien comprendre, qu’elle est la différence avec un musée que l’on traverse ?  

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Je suis sensée m’interroger sur la notion de musée, de scénographie et du sens de l’œuvre. J’ai l’impression que l’on se moque de moi et que l’on veut me renvoyer ma propre inculture. La presse vante les mérites du non-savoir de l’exposition en criant au génie. Je me sens stupide en sortant de l’exposition. Le suis-je alors vraiment ? Pourquoi mon avis tranche tellement avec les médias et se rapproche de certains visiteurs ?

En plus, on dit qu’on me laisse m’approprier les « œuvres » mais il y a un circuit bien précis à suivre alors j’ai quand même l’impression que l’on veut me dire comment faire, comment voir et comment y aller. Les raccourcies ne sont pas trop pas appréciés.

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Pourquoi mettre des cartels sur des écrans au bout des cimaises si l’objectif est de laisser les gens face à des interrogations ? Et pourquoi avoir fait le choix d’écran et pas tout simplement de cartels papiers ? Le souci des écrans, c’est que les visiteurs touchent les écrans pour voir le nom de l’œuvre qu’ils ont envie de connaître. Mais ils ne sont pas tactiles faisant que les écrans sont un peu sales.

Des contradictions qui interrogent
Pour permettre aux visiteurs de laisser les émotions s’exprimer face aux œuvres, un parcours sonore est proposé en application mobile. Vous pouvez la télécharger au préalable sur votre smartphone ou à l’entrée de l’exposition via un QR Code. Vous trouverez en bonus toutes les informations sur les œuvres hors leur histoire et leur sens. Les informations sont complètes puisque vous aurez le nom, l’époque, d’où il vient… C’est plus complet que les informations sur les écrans numériques au bout des cimaises. Une petite contradiction commence à poindre son nez, car déjà on propose au visiteur d’en savoir un peu plus.

Dans la logique de l’exposition aucun audio-guide n’est proposé. On pourrait crier au scandale car comment le Grand Palais va alors gagner de l’argent de façon complémentaire. J’ai la réponse, il va vous proposer des visites guidées. Etrange de vouloir proposer des visites qui expliquent où tout doit être sensitif. Beaucoup de visites sont proposés car le jour où je suis allée découvrir l’exposition, j’ai rencontré 4 groupes de visites guidée dont une en langage des signes. Pour mieux, comprendre je choisis moi aussi de faire une visite guidée. La guide nous explique que c’est normal, c’est proposé pour les gens qui veulent comprendre et s’approprier l’exposition. N’est-ce pas contradictoire avec l’idée de ne pas expliquer ???

La guide précise que cette exposition a fait l’objet d’un travail particulier avec le champ social afin de permettre de donner accès à la culture à des gens qui y sont éloignés. On propose des visites explicatives à des gens loin de la culture pour les rapprocher avec une exposition sensitive. J’ai l’impression que l’on se moque un peu de moi. Je n’ose pas poser de questions complémentaires sur les coûts des visites et qu’est-ce qui est proposé.

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Et pour finir en beauté, le catalogue de l’exposition. Le ressentie et le sensitif se confronte à un moment quand même à la raison et à la compréhension et peut être au portefeuille. Un catalogue avec une mise en page originale vous est proposé pour un tarif de 49.00€. Un prix aussi pour permettre à tout le monde à accéder à la culture. Pas de petit format ou de magazine à 5 ou 10€ n’est proposé. Quoi ? Aurais-je relevé encore un petit non-sens ? ou serais-je mauvaise langue ?

De la communication médiatique à la réalité du visiteur
J’aime cette idée de décloisonnement de transversalité que l’on trouve de plus en plus d’expositions. Mais le choix de ne rien dire pour laisser la place au ressenti, je trouve cela très facile et sans aucun intérêt. La presse est unanime sur la qualité de l’exposition et cette idée si novatrice. Peut-être qu’une visite guidée avec le commissaire de l’exposition a peu aussi aider. Des explications sur des œuvres et des démarches ont, à mon avis, du passer quand même.

En effet, prendre le visiteur pour quelqu’un de stupide est une innovation. C’est la première fois qu’en faisant une exposition je me suis sentie si bête et si vide. Je suis entrée plein de curiosité pour en sortir pleine de déception avec pleins de questions sans réponse. Je visite des expositions pour m’enrichir et non pour me renvoyer mon inculture.

Mettre des objets similaires ou faire des thèmes pour montrer des représentations à travers le temps, c’est une idée géniale. Mais si j’ai juste pour faire des rapprochements d’idées réalisées par un homme très intelligent sans qu’il m’en dise plus. Je me sens frustrée et rejetée d’une compréhension qu’il ne peut m’être accessible.

La visite guidée m’a permis de découvrir des œuvres, des mouvements, des démarches artistiques et aussi de comprendre le lien entre certains objets. Il a fallu quand même passer par cette étape. Toutefois en 2h00, c’est trop court pour voir même pas 1/10 de ce qui est exposé. La guide a pris son temps au début pour se dépêcher à l’étage pour juste donner des descriptions de ce que l’on voit. Ce qui m’a marqué ce sont les réactions des personnes du groupe qui unanimement était d’accord que sans la visite, il serait passé à côté de l’exposition et qu’elle n’aurait pas de sens. Les journalistes adorent (de peur de cracher dans la soupe ?) et les visiteurs sont plus circonspects. Pourquoi cette nuance ? Souci de niveau social, culturelle ???  

Il y a des choses positives quand même. J’ai vu des objets assez extraordinaires dont j’ai compris le sens, surtout pour les objets rituels. Après, il n’est pas dit que je n’en aurais pas vu d’aussi mystique en allant au musée du Quai Branly par exemple. Et ce qui est bien, c’est la possibilité de faire des photos de tout et même des cartels numériques pour faire des recherches ultérieures. Je me suis bien fait plaisir pour bien tout revoir et peut-être percevoir autrement.

Vous l’aurez compris, je n’ai pas été très conquise par l’exposition Carambolages où j’ai eu l’impression que l’on se moquait de moi. Déjà, que j’appréhende le Grand Palais à cause de ces prix et de ces contenus visant un public élitiste. J’ai fait un effort et j’ai cassé mon cochon. Je n’ai pas été déçue de cette expérience muséale que j’ai partagée grandement autour de moi. Les personnes qui ont fait l’exposition m’ont fait part du même ressenti que moi. Je me suis dit que je ne dois pas être la seule au final qui a eu l’impression d’être prise pour une truffe.

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