Youloune, une artiste au coeur de la culture

IMG_4239

Le visage souriant, la voie douce, Youloune est une passionnée. D’un côté, elle est artiste et de l’autre elle est médiatrice culturelle. Les deux univers cohabitent en parfaite harmonie. Allons à la rencontre de cette jeune fille pleine de talent et de générosité.

Ton pseudo est Youloune, peux-tu me raconter l’histoire de ton pseudo?
J’étais partie en colo théâtre un été et une amie avait décidé de me donner un autre nom, un peu comme un renouveau! C’était en 2003, j’ai décidé de garder ce surnom lorsque je suis arrivée à Paris trois ans après tant et si bien que certains de mes copains croyaient que je m’appelais Youloune et ne comprenaient pas qui étaient Hélène (mon vrai prénom).
IMG_8007

As-tu toujours rêvé d’être une artiste?
Petite j’étais très rêveuse, toujours la tête ailleurs dans un monde à part. Je ne rêvais pas d’être artiste mais ma manière d’être était déjà en marge. Je m’étais même inventé un métier: infermière. Je voulais avoir une ferme et m’occuper des animaux.
IMG_8207

Es-tu d’origine de Paris?
Je suis originaire d’Ifs, à côté de Caen dans le Calvados. Je suis arrivée à Paris en 2006 juste après avoir obtenu mon bac.
IMG_8227

Pourquoi avoir choisi l’école Olivier de Serres?
Lors de ma dernière année de lycée, j’ai visité les écoles d’arts appliquées parisiennes. Ca a été une révélation. L’école Olivier de Serres avait plein de charmes, elle était aussi en travaux, un grand bric-à-brac et surtout une fanfare qui jouait. Sans hésiter, j’ai passé le concours que j’ai obtenu afin d’entrer en Mise à niveau puis en BTS Design de Mode Textile et Environnement. J’y ai passé trois années remplies d’émulation, de belles rencontres et un épanouissement haut en couleurs.
IMG_8433

Qu’elle est ta spécialité? Peux-tu me parler de ton travail d’artiste?
Après le BTS, je me suis retrouvée à chercher dans quelle branche je pouvais m’orienter. Ce diplôme avait été riche en expérimentations et recherches, mais ce qui me plaisait par dessus tout était le dessin de motifs et produire des carnets de croquis. J’ai intégré un même niveau d’études (bac +2) au Lycée Renoir en DMA Illustration, obtenu en 2011.

Depuis, j’essaie de retrouver le textile sur certains projets, surtout par l’usage de la sérigraphie. Je continue toujours mes croquis dans lequel mon trait se déroule de pages en pages. Des associations, des particuliers, magazines, la radio, des fondations font appel à mon regard pour illustrer des histoires, articles ou du direct.

IMG_4252
Tu travailles au sein d’une friche culturelle. Pourquoi ce choix?
En 2010, des amis de la fanfare cherchaient un grand atelier pour pouvoir continuer leur travail amorcé à l’école. Ils ont trouvé dans une ancienne friche industrielle de Saint-Denis. Cela faisait un an que j’habitais cette ville, alors pendant mon année de diplôme, je leur rendais visite, on faisait des fêtes et on s’est rendus compte qu’il y avait sur ce lieu beaucoup d’espaces libres à louer.

C’est un choix naturel qui allait dans la continuité de notre école. Au sein de la fanfare « Les météors » nous avions su tisser des liens entre tous nos diplômes, avec une ambiance de fête permanente, de soutien, de couleurs, de repas et de convivialité.

Peux-tu nous parler de la Briche et de son projet ?
La Briche avait déjà quelques artistes résidents lorsque les premiers copains sont arrivés. Puis de fil en aiguille, nous avons monté nos associations afin de louer les locaux libres à une agence immobilière propriétaire du terrain. Ce n’est pas du tout un squat comme on a tendance à croire quand on parle de lieux de création.

Aujourd’hui, il y a une douzaine d’ateliers mêlant tout savoir faire allant du sculpteur au sérigraphe, de la costumière à l’ingénieur son, de l’ostéopathe au réalisateur de films… On est à présent 75 brichoux !!

La maison dans laquelle tu travailles se nomme le Cabinet Patte Pelue. Pourquoi ce nom? Et qui travaille dans cette maison? Chaque lieu à un nom, qui le choisit?
A l’été 2011, une maison en pierre meulière nous tendait les bras à quelques uns.

Nous nous sommes réunis avec une bijoutière et deux illustrateurs autour d’un vieux dictionnaire et avons cherché un drôle de nom pour cette maison en pierre meulière, qui, lorsque nous avons emménagé avait des restes (disquettes, questionnaires, modems…) d’un cabinet de consulting médical.

Nous avons gardé ce côté sérieux avec le Cabinet et trouvé un vieil adjectif: Patte Pelue. Il signifie une écriture petite et illisible, fourbe et mesquin qui fait tout pour arriver à ses propres desseins. Il apparait même dans la Fable « Le chat et le renard de La Fontaine: « Deux francs patte-pelus qui, des frais du voyage,  Croquant mainte volaille, escroquant maints fromages, S’indemnisaient à qui mieux mieux ».

Aujourd’hui, le cabinet est composé de graphistes, bijoutières, illustrateurs, web designers, coutelier, typographes et graveur.

Chaque atelier louant un bail à l’agence doit créer une association, et par ce biais s’invente un nom!

unnamed
Tu fais également de la médiation culturelle. Peux-tu nous expliquer qu’est-ce que la médiation? 

La médiation est d’ordinaire utilisé lorsqu’il y a un conflit. Le médiateur agit alors comme personne tiers et neutre, avec des outils de pédagogie. Dans la culture et au sein d’une exposition, je trouve que le médiateur est comme un pont entre le visiteur et l’oeuvre, tout en étant le message et l’interprète de l’artiste.

J’essaie le plus souvent de demander aux visiteurs ce qu’ils voient devant une oeuvre ou ce qu’il sait afin de m’adapter et de l’intégrer dans ce processus. Beaucoup de visiteurs ne veulent pas répondre à des questions simples de ce qu’ils ont sous les yeux mais partent directement dans une interprétation des fois juste, mais des fois erronée et pleine de préjugés. Aujourd’hui nous sommes entourés et noyés par un monde d’images mais nous ne sommes plus capables de regarder, analyser et surtout ressentir. J’invite les gens alors à prendre le temps et de rafraîchir leur regard.

sleepingjojo

Tu fais de la médiation où et qu’elles sont tes actions au sein de ce lieu?
Depuis octobre 2014, je pratique la médiation au quotidien à la Fondation Louis Vuitton, le grand nuage de verre du Bois-de-Boulogne.

Je dialogue avec les visiteurs sur les œuvres des 11 galeries par des micro visites et de la médiation postée. Mais je fais aussi des visites d’une heure et demi en français ou anglais pour des VIP, des scolaires, associations, publics en situation de handicap…

Avec mes collègues on propose aussi des parcours et ateliers pour les familles et des visites contées !

On peut aussi parler pendant des heures de cette architecture de Frank Gehry et des œuvres d’art contemporain de la collection permanente ! Bref, je ne m’ennuie jamais.

© Jules Hidrot

© Jules Hidrot


Trouves-tu que la médiation est importante? Pourquoi?
Les rapports et les échanges avec les publics rencontrés m’ont convaincu de l’intérêt de partager avec l’autre et d’enrichir sa culture. Que notre métier est d’ouvrir des portes, d’analyser, de désamorcer des conversations et les solidifier. Ces échanges, transmissions permettent de nourrir au fur et à mesure notre regard grâce au premier oeil sur le monde qu’est celui de l’artiste par son oeuvre. C’est un peu pompeux, mais en clair, c’est comme si tu arrivais dans une expo avec une salle toute sombre et que petit à petit ta vision s’éclairait par la compréhension !

Souvent on me demande lorsque je travaille de fournir une conférence, une micro visite toute prête mâchée. On aime écouter des histoires mais c’est tellement mieux lorsqu’on y arrive ensemble…

En cela les enfants qui n’ont pas tous ces spectres du savoir et de la connaissance on un regard très vrai sur les oeuvres. J’apprends beaucoup d’eux.

© Gaël Cornier

© Gaël Cornier

As-tu toujours voulu faire de la médiation?
Après mes diplômes d’arts appliqués, j’ai intégré la fac de St Denis pour valider un bac+3. Etant dans une famille d’enseignant et adorant la pédagogie, je me suis orientée tout naturellement vers un master enseignement… J’y ai fait un semestre voyant que ce master me dirigerait vers un poste de prof d’arts plastiques en collège. Vu les conditions actuelles et vu que je n’ai jamais eu de bons souvenirs de ma période collège et du public adolescent, j’ai accepté un petit boulot d’une semaine à la Maison des Métallos fin 2011. Il fallait présenter une expo de photographies soudanaises. Et là, eurêka j’ai compris que ce métier concordait tout ce que j’aimais. Qu’il me permettait de ne jamais me lasser, de changer de publics, de rebondir à chaque nouvelle tête et chaque nouvelle exposition.

J’ai donc cherché un stage dans le milieu car rien de telle que la pratique au lieu de grandes études! Et après quelques entretiens, j’ai intégré l’équipe de l’Espace culturel LV qui était sur les Champs Elysées (jusqu’en septembre 2015) où j’ai tout appris du métier auprès de très bonnes formatrices et surtout des jeunes publics. J’ai ensuite mis à profit cet apprentissage dans d’autres lieux comme au Grand Palais, à la Villette…

13029729_1181041355269381_5020454371593171860_o

Que réponds-tu aux personnes qui disent que la culture ne sert à rien?
Je prends toujours trop les choses à coeur, étant très sensible de base. Mon expérience fait qu’aujourd’hui je me suis fabriquée une carapace et que je suis capable de voir les visiteurs fâchés de la culture et surtout de l’art contemporain mille à la ronde.

A chaque fois, je tente de casser les préjugés et les barrières mais malheureusement ces visiteurs sont aussi fermés sur le reste du monde et ne cherchent en rien un dialogue. J’ai des fois réussi à convaincre, persuader, détourner des personnes fâchées devant un monochrome ou deux tables à repasser emmêlées, mais les jours où je suis à fleur de peau c’est assez compliqué de me détacher de ces mauvaises rencontres !

Peux-tu me parler du festival de la Briche Foraine? Comment est né l’idée, depuis combien de temps, c’est quand la prochaine…
En mai 2012, pour s’inscrire dans le projet « Enfin mai » organisé par la ville de St Denis, nous avons proposé au lieu d’ouvrir nos portes d’atelier d’ouvrir à tous une sorte de joyeux festival avec des attractions faites maison.

D’années en années, le public dionysien et de copains s’est agrandi à chaque rendez vous, nos attractions se sont multipliées accompagnées de concerts, spectacles et fêtes en tous genres et surtout d’une parade de masques orchestrée par nos musiciens et jouée sous nos costumes en deux équipes: les brichoux contre les Croult !

De petites portes ouvertes, nous avons pris ce projet très au sérieux et depuis 2015 nous ne pouvons plus l’organiser in situ. Toujours bénévoles, nous cherchons à produire la BF dans des festivals d’art de rue ou des lieux ayant une belle atmosphère!

L’an dernier nous l’avons produit mi-juillet au bord du canal face au Stade de France et cette année nous le faisons le we 17, 18 et 19 juin à quelques pas de cet emplacement et à 2 minutes à pieds du métro St Denis Porte de Paris.

© Fabrice Reveilhac                © Fabrice Reveilhac
unnamed-1
unnamed-3
Que dirais-tu à quelqu’un qui veut devenir artiste médiateur?
Qu’il faut du temps et apprendre de ses erreurs, ne jamais renier ce qu’on a fait ou dit, toujours apprendre et faire l’éponge de tout ! Etre curieux de tout.

Ne pas s’attendre à gagner des mille et des cents. La plus belle des richesses sont le savoir et la culture ! Nos armes primordiales pour ce monde qui s’embourbe.

Médiateur culturel est un très beau métier qui chaque jour n’est jamais le même, il faut toujours rebondir et jamais se laisser porter par un discours pré-établi. Il nécessite beaucoup de recherches et d’approfondissement.. Comme le métier d’artiste!

Être artiste aujourd’hui est un des plus beaux métiers, mais dans cette société de la rapidité et de l’image, c’est un peu comme être une éponge face à toutes ces mutations afin de produire des oeuvres plus poétiques et belles que le monde qu’on tente de nous noircir sous d’autres médias.

En tant qu’illustratrice, j’ai aussi besoin de beaucoup de temps. Je ne suis pas ultra rapide dans la production d’une illustration. En cela je ne vais pas produire un dessin issu de mon imagination directement… J’ai toujours besoin de références précises et d’objets issus du réel auxquels me raccrocher afin de partir et de recréer ma bulle.

12957530_1179561142084069_7388904850471959809_o

Qu’elles sont tes inspirations créatrices? comment influencent-elles ton travail?
Mon métier de médiatrice m’a ouvert beaucoup de portes. Je suis toujours curieuse d’aller voir plein d’expositions de tous horizons, de partir en voyage…

J’ai deux manières d’illustrer : une qui est sur le vif, sans pouvoir gommer et tracer directement ce que je ressens, et l’autre qui serait plus issue à la commande d’un projet plus réfléchie, avec un besoin de me nourrir des livres qui m’entourent et de banques d’images en tous genres.

Dans un autre contexte, les concerts de musiques stimulent toujours ma main qui prend directement un rotring et un carnet pour immortaliser le moment. Elle se laisse guider par le rythme des musiciens ! C’est sûrement dû au seul moyen de m’exprimer lorsque je suis devant de la musique car pendant longtemps mon corps dansant était en décalage/marge du rythme des autres, et mon oreille vraiment pas musicale !

Qu’elles sont tes derniers coups de coeur artistiques que tu voudrais partager?
Hum…Comme j’ai la tête dedans depuis fin janvier, ce seraient les oeuvres composées de cendres d’encens de l’artiste chinois Zhang Huan !

Côté danse, j’ai vibré jusqu’aux larmes lors de la présentation « Réel machine » du Corps collectif à La Générale que j’ai trouvé sublime.

Et puis intégrer bientôt le mouvement de Musée debout après avoir terminé un gros projet d’illustrations ces prochains jours.

Zhang Huan, Sudden Awakening, acier et cendres, 2006. Photo © FDM, 2016.

Zhang Huan, Sudden Awakening,
acier et cendres, 2006. Photo © FDM, 2016.

Des choses à rajouter?
Merci pour cette interview, ça faisait longtemps que je n’avais écrit et fait de bilan sur ma vie professionnelle !

Et puis si vous êtes curieux de voir ce que je fais ou ce que je dis, n’hésitez pas à me faire des retours car je ne demande qu’à m’améliorer, avancer et m’enrichir des savoirs!


Publicités

2 réflexions sur “Youloune, une artiste au coeur de la culture

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s