De là, on voit la mer – Philippe Besson

9782264062772Comme le chantait si bien Rita Mitsouko dans Histoire d’A, les histoires d’amour finissent mal en général. C’est le cas pour Louise et François qui sont mariés depuis une dizaine d’années. Ils sont heureux, dans une certaine mesure, jusqu’au jour où Louise rencontre Luca, 21 ans, qui se destine à la marine militaire. A partir de là, va sonner l’heure de vérité pour le couple.

Louise, la quarantaine, est une auteure parisienne qui remporte un franc succès avec ces livres. Pour écrire, elle a besoin de solitude et de calme. « Si je dois choisir entre l’écriture et toi, alors je choisis l’écriture« , annonce-t-elle à son époux. Cet été, elle va partir à Livourne, en Toscane dans une maison que lui prête une amie avec vue sur la mer. Un lieu idéal pour écrire et laisser son imagination prendre le pouvoir de ces mains.

 « Quand l’histoire commence, on est dans la violence de l’été, l’extravagante violence des étés italiens. Le soleil frappe si fort qu’il rend insoutenable au regard le blanc des façades alentour. Il fait aussi la pierre brûlante : impossible d’aller pieds nus. La mer au loin est étale, striée de reflets, on dirait des diamants. Et puis il y a ce bleu, le bleu du ciel, partout, sans taches, électrique, tellement pur. Et pas un souffle d’air. »

Elle avait des échanges téléphonique avec mari comme à son accoutumé. Ce système lui convenait très bien jusqu’à ce jour avec la rencontre de Luca. Il était venu un jour lui annoncé que sa mère, Graziella, la femme de ménage ne pourrait pas venir pendant quelques jours car elle avait eu un accident. Mais de ce bref échange va naître une étincelle qui va s’embraser pour donner naissance à une histoire d’amour torride et dévorante.

François, le mari resté en France sent qu’il se passe quelque chose. « Dix années de vie commune, et une intonation suffit pour comprendre tous les désarrois de l’autre. »Comment faire revenir sa femme et la convaincre de s’aimer encore ? C’est à l’hôpital qu’ils vont se retrouver et discuter de leur avenir ensemble. Qu’est-il prêt à accepter pour lui prouver son amour ? Il va la laisser repartir pendant qu’il apprend à reconstruire son corps avant de devoir mettre en chantier celui de son cœur.

Elle va repartir en Italie et poursuivre l’écriture de son livre. Les émotions viennent au fur et à mesure l’envahir. L’amour va lui faire poser des questions et l’emmener à des certitudes qu’uniquement le cœur peut pousser à avoir.

Un sublime roman sur le couple magnifiquement écrit par Philippe Besson. C’est son troisième roman que je lis et j’aime toujours autant son style délicat et précis pour raconter des histoires. Des paragraphes courts, jamais de longues descriptions, une recherche de l’esthétique, ces éléments me plaisent dans ma lecture qui se fait plus dynamique et peut-être plus addictive. Car je me dis toujours « allez, un tout petit chapitre de plus avant de le fermer » et sans me rendre compte j’arrivais à la fin.

Le récit est empreint de nostalgie, de solitude et de tristesse sans jamais tomber dans l’émotion facile pour verser sa petite larme. Il dépeint avec un réalisme étonnant les souffrances, les blessures et les non-dits qui déchirent les êtres. Les imprévus, les hasards dominent la vie et peuvent changer les gens même les plus organisés. Louise était prête à tout affronter mais certainement pas à tomber amoureuse.

Cette femme qui aime écrire dans la solitude m’a rappelé la pièce de théâtre de l’auteur, Un tango au bord de mer, où deux amants se retrouvent quelques années après leur séparation et discutent de leur couple. Le jeune homme parle de la souffrance qu’il ressentait car il se sentait rejeté lorsque l’écrivain s’isolait complétement pour écrire. Un élément autobiographique que Philippe Besson glisse discrètement dans ces récits. Il parle très bien de ce qu’il connait. 

Encore un roman éblouissant de Philippe Besson qui m’a encore séduite de la première à la dernière page. Cette écriture légère avec une histoire d’amour qui finit mal pourrait paraître courante en littérature mais rarement raconter avec un tel talent de conteur. Alors laissez-vous tenter par ces mots qui vous feront tourner les pages avec plaisir et contentement.

 

« C’est après l’amour. Luca a posé sa tête sur le ventre de Louise. Il aime décidément cette position, qui, elle, l’embarrasse un peu parce qu’elle la renvoie de façon implicite à un statut de mère qu’elle récuse. »
Soudain, il se relève, se retourne vers elle, la scrute, longtemps, la détaille, comme pour vérifier qu’il ne se trompe pas, comme pour valider une réflexion silencieuse à laquelle il se serait livré. Il parle. Il lâche les mots.
Il dit : «Tu es vieille. C’est là, sur le visage, la vieillesse. C’est les rides bien sûr, mais surtout c’est la peau moins éclatante, relâchée, et puis ici, à ton cou, cette ligne grasse, ce plissement.» Il ajoute «En fait, ce n’est pas seulement le visage, c’est tout le corps, tout le corps envahi par la vieillesse.» Il dit les choses sans biaiser, sans retenir ses coups.
Il dit : «Sans doute tu devais être belle quand tu étais jeune. Sans doute que les gens devaient t’aimer pour ça, cette beauté, ils devaient te faire des compliments et toi, tu devais y croire, et tu faisais bien d’y croire. Moi je vois les restes. Je suppose que ça a existé, je suis certain que ça a été là un jour. Mais c’est parti, ça s’est effacé.» Il parle de quelque chose de lointain, un passé qui lui est absolument étranger, une terre inconnue.
Il dit : «Mais je te préfère maintenant avec ce corps alourdi, les traits affaissés, la peau crevassée. Je t’aimerais moins s’il n’y avait pas tout ce temps sur toi, toutes ces années. Je pense même que je ne t’aimerais pas du tout.»

Il dit cela qu’elle n’accepterait de personne, que nulle femme n’accepterait, et elle l’écoute, et elle admet ce qu’il dit, elle lui permet d’assener cette vérité violente, elle l’aime d’être capable de l’assener, de ne pas se l’interdire, de n’être pas dans la bienséance, l’hypocrisie.
Il repose la tête contre les plis de son ventre. « 

Du même auteur 
La maison atlantique 
Un homme accidentel

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7 réflexions sur “De là, on voit la mer – Philippe Besson

  1. Pingback: Mon auto-challenge – 300 livres en 2015 | 22h05 rue des Dames

  2. Quand j’ai commencé à te lire, j’ai aussi fait de suite le rapprochement avec un tango au bord de mer. Une histoire de couple qui s’aime et se désaime. Certainement que je lirai à mon tour ce Besson, comme tous les autres Besson, parce que cet auteur sait mettre des mots sur ces émotions de couples et sur ce sentiment d’amour qui rapproche et déchire les hommes et les femmes.

    • j’aime beaucoup cet auteur et c’est toujours un plaisir de retrouver son écriture. J’aime son style, les histoires, la structure des romans.. J’aime tout simplement Philippe Besson et je suis contente de partager cela avec toi 🙂

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