Visite guidée de Splendeurs et misères. Images de la prostitution, 1850-1910 – Musée d’Orsay

DSC09942Comme à son habitude, le musée d’Orsay décide de faire une exposition autour d’un sujet choc pour faire parler d’elle. Objectif réussi parce que Splendeurs et misères, images de la prostitution, 1850-1910 ne désemplit pas. Alors je suis partie à la découverte de l’histoire mise en image accompagnée d’une très charmante guide.

La prostitution est omniprésente au 19ème dans les rues de la capitale. L’absence d’éducation des femmes ainsi que leur rémunération bien inférieure aux hommes, accompagné de l’exode rurale les pousse à se prostituer soit en temps complet où en complément de leur emploi. C’est totalement autorisé mais dans le cadre d’un système réglementé. Les prostituées doivent aller se déclarer à la police et en contrepartie, elles recevaient une carte. Les historiens estiment entre 120 000 et 150 00 prostitutions sur Paris. Bien entendu, cela n’empêchait pas la prostitution clandestine, elles étaient nommées « les insoumises ». Les historiens les estiment de deux à cinq fois plus que les soumises.

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La prostitution est thème centrale dans la presse, la littérature, l’opéra, la peinture, la photographie… D’ailleurs le titre de l’exposition est inspiré de Balzac qui a beaucoup parlé de la misère et la prostitution dans son oeuvre. Le sujet au début n’est pas montré de façon explicite, cela reste une occasion de créer une rupture avec l’art académique.

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Il existe une ambiguité entre les prostitués légales et les illégales. En plus, les femmes n’ont pas le droit de racoler en journée. Alors pour pouvoir travailler se met en place des codes implicites. D’ailleurs, on peut voir sur la peinture de Guiovani Boldoni, En traversant la rue, une femme qui relève son jupon. Impossible comme action pour une femme de bonne société.

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Dans les deux peintures de Jean Béraud, L’attente et La proposition l’histoire d’une femme immobile sur le trottoir qui a engagé une transaction avec un homme d’abord sous le lampadaire, qui va ensuite l’approcher pour finaliser le lieu et le tarif.

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James Tissot dans La demoiselle de magasin, montre une scène au premier regard anodine. Toutefois, en regardant bien, on voit l’homme au chapeau haut-de-forme qui regarde la femme avec un certain appétit. Souvent les vendeuses après leur travail se prostituait. Le peinture montre ainsi une femme derrière une vitre comme un objet de consommation.

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Toulouse Lautrec aimait beaucoup les prostituées, de ce fait elles ont été de nombreuses fois au coeur de ces peintures. Il faut apprécier les oeuvres proposées car elles sont rarement en France. Il y a quelques peintures dans le musée d’Orsay et dans le musée Toulouse Lautrec à Albi. Ce dernier a vécu une vie de bohème à Montmartre où il était affichiste pour le Moulin-Rouge. Dans Le moulin de la galette, lieu très fréquenté par les prostitués et les souteneurs. On voit au fond des gens qui dansent mais se sont les trois femmes au premier plan qui sont mises en valeur. Elles semblent attendre dans une grande solitude sous l’oeil attentif de leur souteneurs.

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Manet dans La serveuse de Bock est encore sous l’influence des impressionnistes et utilise une palette claire. La serveuse nous regarde. Pendant les expositions universelles, les brasseries à femmes ouvrent leurs portes dans toute la capitale. Elles étaient estimées en 1879 à 130 brasseries où travaillaient environ 600 femmes. Un tourisme sexuel s’est mis en place.

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On peut savoir que Manet peint une prostituée dans La prune car la femme assise tient une cigarette dans la main et éteinte. Important le fait qu’elle ne soit pas allumé, car ainsi les hommes l’abordant peuvent proposer de lui rendre ce service.

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Louis Anquetin dans Femme à la voilette montre une femme qui se valorise en se plaçant sous des réverbères pour se vendre.

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Les danseuses étaient admirées artistiquement mais socialement réprimandées. Pour essayer de subvenir, elles essayaient de se trouver des protecteurs qui pouvaient les aider financièrement contre quelques services. Les habitués, ceux qui venaient trois fois par semaine pouvaient venir dans les coulisses et sur scène, au plus prêt des jeunes demoiselles qui finissaient souvent prostituées.

« Le ballet est ignoble. C’est une exposition de filles à vendre. » Hippolyte Taine

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Les coulisses de l’Opéra – Jean Béraud

Il estimé dans Paris y avoir 150 bordels au milieu du 19ème siècle puis se limiter à 40 à l’approche de la seconde guerre mondiale. Les prostitués travaillaient durement et ne touchaient qu’un faible pourcentage de la recette. En plus, elle devait payer au prix fort tout ce dont elle pouvait avoir besoin comme des draps, de la lessive… Ce qui fait que les femmes étaient toujours endettées. Un bon business tenu d’une main de fer par des tenancières. Gustave Courbet, ose t’il parler de cela avec Mère Grégoire peinte en 1855?
On sait que c’est une tenancière par trois éléments :
– l’argent sur la table,
– le registre des prostituées,
– la fleur dans la main.

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Constantin Guys dessine le milieu souvent de façon caricaturale. Toutefois ces oeuvres ne sont pas exposées au grand public. Il les réalise uniquement sur commande.

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Degas a réalisé des monotype rehaussés de couleurs, sur les prostitués. Il les fréquentait beaucoup, d’ailleurs il a attrapé une maladie avec elles. Ce sont d’après ces souvenirs qu’il a réalisé les scènes assez caricaturales. Les femmes sont souvent avachies ou font leur toilette. Par contre, les monotypes n’étaient pas exposées au grand public. A sa mort, sa famille en aurait détruit environ 70 et en aurait vendu 50.

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Toulouse Lautrec a beaucoup observé le fonctionnement interne des maisons closes. Le fait d’être un client très fidèle a beaucoup aidé. Toutefois, règne une certaine antipathie dans ces peintures. Il ne va pas érotiser ces femmes, il va les peindre comme des femmes ordinaires avec un grand vide dans leur existence. Il a une préfère pour les scènes de toilette comme Degas. Ces peintures n’étaient pas montrer au grand public, ni dans les salons. Uniquement les amis et les proches pouvaient les regarder en tout confidentialité. Afin de lutter contre les maladies vénériennes, les femmes devaient souvent se laver. De plus, la police vérifiait si les femmes étaient en bonne santé. Sauf qu’utiliser plusieurs fois le même spéculum sur plusieurs femmes ne pouvait pas empêcher la propagation de certaines maladies.

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Dans les couloirs reliants les différentes salles, des photos et des salles avec des vidéos sont présentées (interdites au moins de 18 ans).

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On pense qu’un quart de la population était atteinte de la syphilis et personne ne sait soigner cette maladie à l’époque. Les femmes identifiées malades étaient enfermé dans une institution, Saint-Lazare qui était à la fois prison et centre d’internement pour une courte période. C’était un lieu terrible et très difficile. Ne sachant comment éradiquer le phénomène, on leur donnait du mercure. Des moulages des gens contaminés étaient réalisés à des fins d’enseignements qui ont été acheté en grande partie pour se retrouver dans les foires.

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Jean Béraud dans La salle des filles au dépôt, décide traiter un sujet trivial. Les prostituées, ces femmes de mauvaises vies venaient dans l’attente du jugement. D’ailleurs, on voit une femme qui baille, une autre qui montre ces bas. Puis vers le milieu, une femme se tient debout proche de la religieuse, c’est la figure de la femme qui se reconvertie. Cet élément permet de pouvoir montrer la peinture au grand public.

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Les salles qui suivent sont recouvertes d’un beau tissu rouge et noir avec de délicat motif. Elément de décoration obligé parce que l’on va passer à l’aristocratie du vice.

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Alors c’est normal de commencer avec le fameux fauteuil d’amour du Prince de Galles qui deviendra Edouard 7 en 1901. Il avait fait réaliser sur mesure, par rapport à son poids et sa taille, un meuble pour tous les plaisirs qui était installé dans sa permanente de la maison close de luxe Le Chabanais.

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Quand les demi-mondaines ont amassé beaucoup d’argent où se sont mariées avec des riches, elles souhaitent alors se racheter une image. Ainsi la duchesse de Loynes se fait représenter par Amaury Duval de façon noble mais son regard à un petit quelque chose d’étrange.

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Mademoiselle de Lancey, grande courtisane du Paris de la Belle époque, peinte par Charles Durand, se fait représenter dans un milieu très luxueux.

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Henri Gervex représente Madame Valtesse de la Bigne de façon assez sublime. Malgré la beauté de la robe, on sait qu’elle a été une séductrice car elle a les cheveux détachés. Une femme bien élevée ne pourrait se représenter de cette façon. Afin que le monde puisse se souvenir d’elle, elle a fait un don de son portrait au musée du Luxembourg et son lit au musée des Arts Décoratifs. Il paraît que ce dernier aurait inspiré à Emile Zola le lit pour son personnage Nana. 

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La Marquise de Païva, qui a épousé un comte prussien, a fait dans son hôtel particulier des Champs-Elysées un lieu de luxe extrême. Pour le temps de l’exposition, le lit et la commode de sa chambre son exposée. Si vous souhaitez en voir plus, il va falloir aller faire la visite guidée. Un des escalier principal n’est pas en marbre, mais en onyx d’Algérie.

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On pouvait représenter des nus à deux conditions, soit c’était pour faire référence à l’antiquité grec ou soit pour faire référence à la renaissance italienne. Ces raisons permettent de montrer un nu idéalisé.

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Auguste Clésinger avec Femme piquée par un serpent représente sa maîtresse, Apollonie Sabatier. La sculpture a fait scandale pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le corps n’est pas idéalisé, c’est celui d’une vraie personne identifiable avec des détails comme de la cellulite. Puis on l’a accusé d’avoir moulé son corps au lieu de l’avoir sculpté d’après modèle.

Théodore Chasseriaux décide de casser les codes du nu avec Nymphe endormie près d’une source. Déjà, le modèle est sa maîtresse et le rendu est très réaliste avec des poils sous les bras.

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Olympia a fait l’effet d’une bombe lorsqu’il a été présenté. Manet s’est inspiré de la Vénus de Titien. La femme ne lance pas un regard séducteur mais un regard froid d’une professionnelle. On pense qu’un client vient d’arriver puisqu’on vient lui donner un bouquet de fleurs.

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Félicien Rops avec La Parodie Humaine montre que derrière une prostituée peut se cacher la maladie et donc la mort.

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Gustav-Adolf Mossa dans Elle représente une femme sur un amoncellement de cadavre. Elle est à la fois une victime et une femme de toute puissance. 

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Picasso a été influencé par le travail de Toulouse Lautrec. C’est flagrant dans Portrait de Gustave Coquiot.

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Il va d’ailleurs au début de sa période bleu représenter des femmes internées à St Lazare comme Femme au fichu.

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Le musée d’Orsay propose des croquis des Demoiselles d’Avignon puisque l’original ne peut quitter les Etats-Unis. N’oublions pas que les Demoiselles d’Avignon était le nom d’un bar à prostituées à Barcelone.

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A la fin du 19ème siècle, la prostitution devient un sujet moderne que de nombreux artistes s’approprient comme Vlaminck, Derain, Donger et les couleurs explosent. Le sujet n’est plus caché mais bien visible et identifiable.

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Une exposition intéressante sur la représentation de la prostitution à travers la peinture, la photographie, la presse, les vidéos… Par contre, les nombreux espaces exiguës et le monde ne facilite pas la balade dans l’exposition. Il faut beaucoup de patience pour ne s’énerver de se faire pousser, bousculer et marcher sur les pieds. En tout cas, cela m’a donné envie d’en découvrir plus sur l’histoire de la prostitution. Le musée d’Orsay a encore réussi sa nouvelle exposition. Bravo.

Lien vers le musée

L’avis de Bricabook

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6 réflexions sur “Visite guidée de Splendeurs et misères. Images de la prostitution, 1850-1910 – Musée d’Orsay

  1. Je connais surtout ce thème à travers les romans du XIXeme siècle… Je regrette de ne pas voir cette expo, surtout que les expos avec des vidéos sont toujours bien faites à Orsay !

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