Les grands-mères – Doris Lessing

41TJlnqbByL._SY344_BO1,204,203,200_Un titre gentillet avec en couverture de jeunes gens s’amusant dans l’eau dans des bouées. J’ai pensé tout de suite à une histoire sympathique avec une histoire de mamies anglaises avec du thé et des petits biscuits. Qu’elle ne fut pas ma surprise lorsque je lu le roman. Des mamies certes mais du tout gâteaux, mais plutôt coquine.

Roz et Lil, depuis leurs plus jeunes âges sont liées. Elles ne sont pas sœurs biologiques mais de cœur c’est certain. Malgré des intérêts dans la vie totalement différents, elles ne se sont pas séparées. Elles ont toutes les deux épousé un homme et eu un garçon, à peu près au même moment, même leurs maisons se trouvaient l’une en face de l’autre. Quand le mari de Roz la quitta puis le mari de Lil mourru, elles sont restées seules avec leurs fils en créant une relation fusionnelle. Quand les jeunes garçons, Tom et Ian, vers 17 ans devinrent beaux et magnifiques, une nouvelle relation se mit en place.

« A l’intérieur de ces maisons, ouvertes au soleil, aux vents marins, à la rumeur de la mer, il y avait des pièces où nul ne pénétrait, hormis Ian et Roz, Tom et Lil. » 

Les deux jeunes éphébes vont connaître l’amour avec la mère de l’autre et cela de façon totalement naturelle pendant plus de trente ans. Tout ne pourra pas se passer avec facilité, car l’âge passant les femmes se rendent compte que le charme des garçons se fane doucement et qu’ils n’ont pas construit leurs vies. Elles décident alors de tout arrêter. Alors avec beaucoup de regret, ils vont trouver des filles et faire des enfants tout en rentrant auprès de ces femmes exceptionnelles.

Les épouses vont se douter que quelque chose ne tourne pas rond. En plus, elles sont amies, très proches et elles ont même crée une entreprise ensemble pour se démarquer de ce quatuor très solidaire dont elles se sentent exclues. Même si les grands-mères s’occupent à merveilles des petites filles avec une magnifique scène à la plage. Et voilà, qu’un jour, Mary, la femme de Tom, tombe sur une lettre qu’il a adressé à Lil en lui déclarant son amour. Tout s’éclaire et cela est intolérable. Elles partent avec leurs enfants laissant leurs maris à leurs premiers et véritables amours.

   «Quand Mary avait trouvé le paquet de lettres, oublié dans un vieux sac de voyage, elles avaient d’abord cru qu’elles étaient toutes de Lil à Tom, banales, du genre de celles qu’on attendrait d’une vieille amie ou d’une seconde mère. Elles commençaient par «Cher Tom» et s’achevaient sur «Tendrement, Lil», avec de temps en temps une ou deux croix pour «grosses bises». Et puis il y avait eu l’autre lettre, celle de Tom à Lil, qui n’avait pas été postée:  «Pourquoi ne devrais-je pas t’écrire, Lil? Pourquoi non? Il le faut au contraire, je pense à toi tout le temps, oh mon Dieu! Lil, je t’aime tant, je rêve de toi, je ne peux pas supporter d’être séparé de toi, je t’aime, je t’aime …»
   Et ainsi de suite, des pages entières. Elle avait alors relu les lettres de Lil et les avait vues sous un autre jour. Et puis elle avait tout compris. Au moment où elle se tenait sur le chemin avec Hannah, en contrebas des jardins de Baxter’s, et où elle avait entendu le rire de Roz, elle avait su que son rire était moqueur. Ils se moquaient d’elle, Mary, et elle avait enfin tout compris. Tout lui était apparu très clairement. »
 

L’histoire aurait pu me surprendre si je n’avais pas vu l’adaptation cinématographique d’Anne Fontaine, Perfect Mothers, titre plus en adéquation avec l’histoire. Sans le vouloir, j’ai lu le roman d’où a été adapté le film qui est très fidèle à l’histoire. C’est à 84 ans que Doris Lessing décide d’écrire ce court roman. Les sujets abordés sont osés, diront certains, avec des thèmes comme les relations avec des gens de grande différence d’âge (histoire vécue par l’auteure ?), le poids de la morale bien-pensante, la relation fusionnelle entre deux femmes souvent jugée comme lesbienne, la difficulté de pouvoir vraiment être soi…

Malgré quelques difficultés à rentrer dans l’histoire dans les premières pages, j’ai bien eu du mal à devoir à fermer mon livre sans l’avoir fini. J’ai aimé l’écriture légère, directe et jamais voyante ou malsaine de l’auteure. Un récit sans jugement et sans partie pris pour dire que c’est mal ou en faire l’apologie. Ce récit de deux femmes qui couchent avec les fils de l’autre à la vertu de l’originalité. Sujet jamais lu pour ma part que l’on va éventuellement plus retrouver dans le cinéma américain.

Un récit surprenant raconté dans un cadre idyllique (soleil, mer, plage) avec des belles femmes qui s’épanouissent au travail et à la maison, dans l’amitié comme dans l’Amour m’a vraiment plu. Alors si le hasard me met de nouveau sur le chemin de Doris Lessing, c’est avec plaisir que je me laisserais tenter.

L’avis d’Asphodele 

Publicités

13 réflexions sur “Les grands-mères – Doris Lessing

  1. Pingback: Mon auto-challenge – 200 livres en 2015 | 22h05 rue des Dames

  2. Doris Lessing est un auteur reconnu dont j’avoue n’avoir lu aucun titre. Celui-ci a l’air un peu décalé avec un sujet que je n’ai pas vu souvent traité dans la littérature. Ton avis me donne envie de le lire ce qui me permettrait de découvrir cet auteur.

  3. Pingback: C’est Lundi, que lisez-vous ? #5 | 22h05 rue des Dames

  4. Pingback: Les grand-mères – Doris Lessing | Nos expériences autour des livres

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s