Portrait de Jean-Lou Monot, instructeur en arts martiaux et de Bartitsu

1901899_679552202087375_694019338_n_1M. Monot est un instructeur pour lequel les arts martiaux, le Bartitsu en particulier, constituent un quotidien qu’il partage avec plaisir avec qui veut bien en faire l’effort. D’ailleurs, cette année il a créé l’Ecole française de Bartitsu. Mais que se cache t’il sous ce nom, Bartitsu ?  

 Avant de savoir qu’est-ce que le Bartitsu, apprenons-en un peu plus à propos de ce instructeur hors du commun qu’est Jean-Lou Monot. Il se présente ainsi : « J’ai 63 ans, je suis un retraité encore actif grâce aux personnes intrépides qui me font confiance pour les entraîner au sein de l’école française de Bartitsu.
Au plan martial je suis : Instructeur 5ème degré expert de l’A.N.S.D ; Ceinture noire 4ème dan de l’International Bu Jutsu Federation ; Instructeur ceinture noire 2ème degré de la World Asian Self-Defence federation ; Instructeur 1er dan Koroho (Japon) ; instructeur self-défense séniors et créateur de l’école française de Bartitsu ». 

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C’est à 10 ans qu’il a enfilé son premier kimono qu’il n’a depuis plus quitté. « J’ai bourlingué,  par conséquent je me suis aussi baladé à travers les arts martiaux et les disciplines. Comme la plupart des pratiquants de ma génération j’ai débuté par le judo. Au début des années soixante c’était encore très confidentiel. (…) A cause de mes turpitudes géographiques, j’ai pratiqué à des niveaux divers : le judo, le karaté, les arts martiaux vietnamiens, l’atémi jujitsu (Me Bernard Pariset), le krav maga (Richard Douïeb). Depuis dix ans je pratique périodiquement en stage le Tai Ho Jutsu (Me Jean-Michel Roncero), le Bu Jutsu (Me Gérard Baron) ; assidument la self défense de l’association nationale de self-défense (A.N.S.D – Guy Mennereau sise à Rennes), le Koroho (Masashi Yokoyama Soke)  au sein de la World Asian Self Defence (W.A.S.D dont Didier Leclinche est le directeur technique.)
Lorsque j’ai dû poser mon sac à terre comme disent les marins, j’ai eu envie de transmettre un peu de ce que mes maîtres m’ont donné, par égoïsme sûrement, j’aime partager ces disciplines et c’est un moyen bien agréable de garder un lien social et de rester jeune ».

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Les arts martiaux sont plus qu’une passion et qu’un sport. C’est un véritable art de vivre. « Une passion ne dure jamais aussi longtemps. C’est un art de vivre, un souffle qui m’a aidé à surmonter les obstacles de la vie au propre et au figuré. Comme le disaient mes maîtres vietnamiens – ce que je ne comprenais pas alors – cela favorise l’harmonie avec les autres et avec soi-même, c’est un long chemin, une chaîne de vies ». Il transmet ces valeurs au sein de ces cours au sein du club PRISMA d’Issy-les-Moulineaux, club sportif de la gendarmerie, affilié à la fédération des clubs de la Défense et d’une association parisienne de retraités, l’ASSERAP, pour des cours de self-défense pour séniors. « Mes élèves les plus jeunes ont seize ans, la plus âgée quatre-vingt. Ce sont des hommes et des femmes de tous les horizons professionnels et sociaux».

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Comment a-t-il découvert cet art martial ? « J’ai rencontré le Bartitsu par hasard sur internet. J’ai découvert de drôles de gens en costumes victoriens qui s’adonnaient à la boxe –bare knuckle – à la canne – de Vigny – au Ju Jitsu. Ces gens avaient l’air de prendre beaucoup de plaisir à des exercices au demeurant très sérieux. Une illustration de l’esprit britannique : sérieux sans se prendre au sérieux, ce que certains traduisent en disant que les Anglais pratiquent la guerre comme un sport et le sport comme une guerre !
Je me suis aperçu que le Bartitsu connaît une véritable résurrection en Europe et aux Etats-Unis. J’ai découvert un auteur américain : M. Tony Wolf. Ce dernier est l’auteur de deux ouvrages en langue anglaise : The Bartitsu compendium –vol1 History and canonical syllabus- vol2 Antagonistics (Lulu.com).
Tony Wolf a réalisé un travail admirable tant au plan de la recherche historique que technique, c’est un homme de lettres, francophone de surcroît. Il lui est arrivé de venir en Europe, en France notamment, pour régler des combats Holmésiens dans des pièces de théâtre. Il continue d’animer des séminaires aux Etats-Unis et donne des cours au  Bartitsu club of Chicago.
De plus en plus de clubs s’ouvrent sous le label Bartitsu, des documents relatifs à la pratique de la boxe française, de la savate, de la canne dans les armées françaises à la Belle époque et en Europe de ce temps-là, s’échangent sur Facebook».

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Qu’est-ce que le Bartitsu ? Pour répondre à cette question avec précision, il m’envoie alors un extrait traduit de l’article de Catherine Marien (for FullcontactMartialarts.org )). « Le Bartitsu est né en Angleterre sous le règne de la reine Victoria de la passion d’un ingénieur dénommé Edward William Barton-Wright. C’est le premier européen à avoir combiné les arts martiaux asiatiques et européens : la boxe française, la savate, le ju jitsu, la canne de Vigny qui est une école suisse et le combat avec bâton. (Au passage rappelons l’apport d’un certain Bruce Lee dans les années 60/70 qui procéda de la même logique pour établir les bases du Jeet Kun Do qui lui a survécu.)

Il est considéré comme un des précurseurs du concept mixed martial art moderne. Sa différence majeure avec le « MMA » est d’intégrer des armes (canne, bâton et tous les objets familiers devenant des armes par destination), de plus ce n’est pas un sport de compétition étant entièrement tourné vers la self-défense.

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Le mot Bartitsu construit par contraction du nom de son fondateur avec le suffixe japonais itsu a été pratiqué par les suffragettes, Sir Conan Doyle en équipa Sherlock Holmes sous le nom de Baritsu dans son ouvrage « la maison vide » ou « The adventure of the empty house ».

  • Barton-Wright définit trois  principes de combat :
    1. Casser l’équilibre de l’agresseur
    2. Le surprendre avant qu’il ne retrouve son équilibre de manière à neutraliser sa force,
    3. Si besoin, utiliser des clés ou exercer des pressions sur les points sensibles.

 L’originalité du Bartitsu provient de sa capacité à combattre sur quatre distances de la distance longue jusqu’au corps à corps. Elles correspondent aux quatre arts martiaux majeurs constituant le Bartitsu originel :
1. Debout avec une arme, un bâton : distance moyenne ;
2. Debout frappes des membres inférieurs, coups de pieds : distance courte;
3. Debout frappes des membres supérieurs, coups de poings : distance rapprochée ;
4. le combat au sol, le corps à corps.

 98845827Il a souligné l’importance de la mobilité et de garder la visibilité totale de son environnement lorsqu’on engage le combat pour sa défense, en effet il y a peu de chances qu’un agresseur agisse seul. Dès lors, les techniques de projection ne sont utilisées qu’au corps à corps, jamais pour entamer l’assaut. La poursuite au sol n’est envisagée qu’en dernier ressort et doit même être évitée le plus possible.

A l’instar d’autres systèmes dédiés à la seule self-défense (Systema, Keysi fighting method, Krav Maga, etc..), le Bartitsu s’appuie entièrement sur l’adaptabilité et l’improvisation et donc ne comporte aucun kata. Il tend à offrir des solutions et des défenses basées sur des scenarii d’attaques concrètes et réalistes plutôt que sur des suites de techniques».

Avez-vous suivi une formation spécifique ? « Je n’ai pas été spécifiquement formé à cet art, il s’agit de combiner de manière utile plusieurs formes apparemment contradictoires. Mon expérience, ma formation au sein de l’ANSD (association nationale de self défense avec Guy Mennereau), de la WASD (world Asian self defence federation, Didier Leclinche Hanshi et Christian Pasqualini, le sorcier du Kyusho Jutsu), des stages réguliers au sein de l’école française de Tai Ho Jutsu (self-défense de la Police Japonaise avec Jean-Michel Roncero Sensei), l’étude du Bu Jutsu de l’International Bujutsu Federation (Gérard Baron Sensei fondateur), me permettent de rester à jour dans ma pratique.

Il n’y a pas d’instructeur honnête dans le domaine de la self-défense qui ne se ressource pas régulièrement auprès de spécialistes qu’il considère au moins comme ses égaux sinon comme ses maîtres. Bien que je n’aie pas eu le plaisir de le rencontrer encore, je range M. Tony Wolf dans cette catégorie des spécialistes dont l’expertise permet de renouveler sans cesse sa pratique ». 

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Pourquoi créer une école de Bartitsu ? « Ma motivation première dans la création de l’école française de Bartitsu n’a rien eu à voir avec la volonté de préserver un héritage quelconque. Soyons honnêtes jusqu’au bout, je n’en mesurais pas alors la portée ni l’importance. Ma première volonté a été d’échapper à la mode des noms guerriers (warrior) agressifs assortis de logos à têtes de mort rappelant de bien tristes sires, souvent dans un but mercantile, pour attirer des clients soi-disant amateurs de combats réalistes. Néanmoins chacun est libre de trouver son plaisir où il veut, dès lors qu’il respecte les autres mais ça, c’est une autre histoire.
L’aspect sportif, convivial, joyeux même du Bartitsu m’a plu de suite. Il m’est arrivé, peu souvent heureusement, de me retrouver dans des salles tristes et même lugubres où m’entraîner me demandait vraiment beaucoup d’efforts sur moi-même. La pratique des arts martiaux et de la self-défense doit rester un plaisir pour tout le monde. Les gens rencontrent aujourd’hui d’énormes difficultés dans leur vie quotidienne, au travail, dans les transports, dans l’éducation des enfants, dans les études…Il n’est pas convenable d’en rajouter.
Ceci dit, ce n’est pas non plus une cour de récréation où l’on joue à la marelle tout le temps. Pour des questions de sécurité évidentes on doit exiger un minimum de discipline, les cours doivent être de qualité et préparés avec soin. Ce n’est que si cette exigence de qualité technique et pédagogique est réalisée que l’aspect convivial peut fonctionner. Convivialité certes, mais distance aussi, nous ne sommes pas un groupe de réflexion politique ou une secte. Les gens y vont et y viennent à leur guise, ils ont leurs familles et leurs amis indépendamment du dojo qui n’est que l’endroit où l’on s’entraîne ». (…) « Je souhaite m’inscrire dans un mouvement en essor qui fait revivre nos anciens arts européens en relation avec ceux d’Asie. Je ne suis qu’un trait d’union, un maillon dans une chaîne humaine sans fin, que j’espère sans fin…»

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Existe une fédération ? «Le Bartitsu n’est pas structuré en organisme de type fédération, à la réflexion j’espère qu’il ne le sera jamais. Nous sommes un forum d’échanges et de vraies rencontres où chacun peut trouver sa place. Vous avez peut être remarqué que je n’ai aucun titre en Bartitsu, il n’y en a pas. Ainsi, dans notre école pour s’instaurer instructeur faut-il être reconnu par au moins deux organisations, par exemple une organisation de self-défense (type ANSD), de Jujitsu (WASD, Tai Ho Jutsu, judo, karaté…), de boxe (savate canne), etc. Nous ne pratiquons pas l’endogamie, il n’existe pas de ceinture noire de Bartitsu, ce serait un non-sens ».

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Quelles sont les valeurs de ce sport ? « Le Bartitsu cultive les mêmes valeurs que tous les arts de combat ancrés dans une culture ancienne. Ce n’est pas parce que l’on se tape dessus à coups de canne ou de poings qu’on doit se faire la gueule en plus, ce n’est pas parce que l’on est heureux de s’entraîner ensemble que l’on doit vivre ensemble en permanence, ce n’est pas parce que l’on est issu d’une culture européenne riche et reconnue qu’on doit mépriser celle des autres. Tout est dans la nuance, les Anglais disent que le diable se cache dans les détails.
Je ne forme pas des commandos ni des justiciers, ceux qui en rêvent doivent rejoindre les corps d’élite des armées ou du ministère de l’intérieur. Je cherche à délivrer un enseignement pratique et réaliste, proche dans l’esprit du close-combat, c’est à dire : peu de techniques mais des techniques assimilables rapidement et durablement, aussi évidentes que le réflexe respiratoire. Du réalisme, une confrontation à une vérité parfois difficile à admettre mais jamais de mensonges, de violence, de brutalités gratuites. J’essaye de m’appuyer sur des faits avérés, l’objectivité scientifique plutôt que les idées reçues.

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L’école française de Bartitsu souhaite garder un esprit de tolérance, laïc et républicain, précisons-le, ouvert à tous ceux sans distinction qui acceptent ses règles afin de permettre à chaque Bartitsuka de rentrer chaque soir chez lui en bonne santé, ce qui reste croyez-moi, un véritable challenge ! ». (…) «Parmi les valeurs majeures à transmettre, pour autant que j’y sois autorisé, je placerais le travail, clé de tout progrès, un des précurseur du Judo en France, Michigami senseï, disait « judo, facile, 90% transpiration, 10% techniques » ;  ensuite, la confiance en soi et aux autres, parce qu’on ne peut bien apprendre que dans un climat de confiance réciproque ; le courage moral, parce qu’il est l’essence de la personne au-delà des capacités physiques ; l’ouverture d’esprit enfin, accueillir l’étranger et la nouveauté comme un possible, jamais comme un ennemi, a priori ».

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Cet art est plus adapté aux femmes et personnes dites fragiles comme les personnes âgées ? « Ni plus, ni moins que les autres formes de self-défense, le Bartitsu convient à tous les publics. L’avantage de la self-défense d’un point de vue strictement pédagogique et technique est de ne jamais manquer de sujets d’étude. Ce qui importe c’est que je sois en tant qu’instructeur capable de me mettre à la portée de chacun. Universalité mais pas uniformité, nous sommes tous différents ; la différence réside moins dans le fait d’être homme ou femme, jeune ou vieux, que dans le fait d’être en bonne santé ou de santé délicate, d’être grand ou petit, fort ou chétif.
Je me dois de proposer à chaque élève débutant une solution adaptée à son cas personnel, d’aider le confirmé  à la construire par lui-même, de ce point de vue la diversité des sources du Bartitsu permet de trouver plus facilement une réponse ».

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La pratique de ce sport a-t-il un lien proche ou lointain avec Sherlock Holmes ? « Je ne suis pas particulièrement passionné par Sir Conan Doyle, je suis un gros lecteur depuis toujours mais comment résister aux aventures de Sherlock Holmes ? Il a pressenti avant l’heure l’importance de la science dans l’élaboration de la preuve pénale. Fondamentalement ce fut une révolution dans l’acquisition de la preuve qui a détrôné le sacro-saint aveu permettant d’innocenter des hommes qui croupissaient dans les couloirs de la mort ou au contraire de confondre des criminels même après des années d’impunité. Conan Doyle qui était médecin avait entrevu cette éventualité, à la même époque d’autres scientifiques s’intéressaient à la chose criminelle tel Bertillon, en France, pour ce qui concerne les empreintes digitales ». (…) « Sherlock Holmes est un témoin, de légende sans doute, de cette époque et par contre coup des arts de combat.  C’est aussi l’époque des conquêtes militaires, coloniales, les armées cultivent l’exercice physique, les tournois sont courants, on y pratique l’escrime, le tir, le combat au bâton, à la canne, la boxe et la lutte, sans oublier bien entendu tout ce qui se rattache au monde de l’équitation.
Les Bartitsukas partagent des cartes postales et tous documents de cette époque présentant de nombreuses scènes de ces activités. Aujourd’hui, les gens sont en train de redécouvrir les trésors de la boxe française, de l’escrime, de l’art du combat au couteau aussi ».

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Que pense-t-il des scènes de Bartitsu au cinéma comme dans le film Sherlock Holmes : Jeu d’ombres? « Les films en général et celui dans lequel joue Robert Downey Jr en particulier sont contraints par des obligations artistiques et de cadrage. Il leur est difficile de rendre la réalité du combat de rue généralement explosif, court, sans règle. Il y a de bonnes choses dans ce film mais c’est une facette du Bartitsu plus proche du Keysi fighting method américain (latinos Los Angeles) pour être tout à fait honnête que j’utilise énormément à courte distance ».

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Vous l’aurez compris à travers ces réponses très précises, Jean-Lou Monot, est un homme au grand cœur, à l’écoute et généreux ainsi qu’un véritable féru des arts martiaux qui cherche inlassablement à se perfectionner, à apprendre et à transmettre. Plus qu’une simple occupation, c’est un art de vivre qui développe un bien-être intérieur. A chaque cours, il essaie de transmettre des valeurs de respects et de confiance, chose importante pour évoluer et se sentir à l’aise dans les exercices. Alors si cette belle rencontre ne vous donne pas envie d’apprendre les arts martiaux, j’espère que cela vous aura donné la curiosité d’aller voir un peu ce qui existe.

Retrouvez l’Ecole française de Bartitsu sur Facebook
Infos sur le club de self défense

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2 réflexions sur “Portrait de Jean-Lou Monot, instructeur en arts martiaux et de Bartitsu

  1. Pingback: Black Butler – Tome 10 – Yana Toboso | 22h05 rue des Dames

  2. J’ai beaucoup aimé l’approche et le contenu de l’article moi même ancien pratiquant d’arts martiaux j’ai toujours recherché cette façon d’abordé un art de combat
    Merci Monsieur merci ça réchauffe le coeur et l’esprit j’ai vraiment envie de connaître cet art et de le pratiquer à très vite j’espère

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